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Joli mais un peu con
Une petite fille est traumatisée par un viol meurtrier auquel elle a assisté. Le sujet est grave et l’emploi de métaphores visuelles riches et belles pour illustrer le for intérieur d’une enfant...
le 5 juil. 2022
Blaze est un premier film australien signé par la réalisatrice et scénariste Del Kathryn Barton et c’est surtout pour moi un vrai et profond coup de cœur. Le film m’a complètement embarqué par son univers, sa profondeur, son émotion et la fulgurante beauté de ses images qui proposent un magnifique récit de passage à l’âge adulte à travers la mue forcée d’une jeune fille en véritable guerrière.
Blaze est un film qui porte le prénom de sa jeune héroïne, une gamine de douze ans qui, un jour, dans une ruelle, est témoin impassible et impuissant du viol et du meurtre d’une jeune femme. Traumatisée, embarquée dans une épreuve judiciaire difficile, la jeune fille va se retrouver tiraillée entre une multitude de sentiments à un âge où précisément commencent à surgir des questionnements de rapports aux autres, de changements et de sexualité. Bien que soutenue par un père célibataire aussi aimant que maladroit, la jeune fille se réfugie dans un monde imaginaire protégé par un dragon multicolore du nom de Zéphir.
Grandir, c’est souvent apprendre un peu chaque jour qui passe, mais pour Blaze, il va falloir se confronter d’un coup et d’un bloc à des questions, des réalités et des sentiments complexes et contradictoires qu’elle n’était pas prête à affronter si tôt et surtout si brutalement. En étant témoin et victime collatérale de ce viol et de ce meurtre, cette gamine de douze ans va devoir appréhender la culpabilité, la colère, la peur, le dégoût et se reconstruire peut-être avant même la construction intime et naturelle de ses sentiments et de son corps. Des perfides questions d’une avocate qui défend le violeur à la découverte de la haine ordinaire sur les réseaux, en passant par des syndromes post-traumatiques qui la conduisent aux frontières de la dépression, la pauvre Blaze fera l’apprentissage rugueux de l’ignominie ordinaire qui enferme parfois symboliquement bien plus les victimes que les coupables.
La réalisatrice Del Kathryn Barton traite une multitude de sujets et de sentiments complexes par l’image et par la symbolique, comme lorsque la jeune Blaze, qui fait du judo, se retrouve coincée sur un tatami et sous un adversaire garçon, et qu’elle réagit de manière violente et non autorisée par les règles du sport dans une mécanique inconsciente de survie et d’autodéfense. Le rapport aux autres, l'absence d’une mère, la pression bureaucratique et judiciaire, le désir, le sentiment d’injustice, l’éveil à la sexualité face à un modèle violent de rapport non consenti, la difficulté à grandir et s’affirmer, les sentiments de culpabilité, l’abandon de notre part d’innocence, notre pouvoir de résilience, comment supporter le fait d’être touché même de manière innocente, le sentiment insidieux d’être une proie… Blaze offre une multitude de thématiques, de questionnements et de pistes que la réalisatrice évoque de manière frontale et/ou détournée.
Il convient bien sûr de saluer la performance de la jeune comédienne Julia Savage qui est absolument fantastique de puissance, de force et de détermination, et son parcours de gamine à guerrière est tout simplement bouleversant de bout en bout. J’espère, même si c’est toujours difficile pour les enfants acteurs et actrices de durer dans le temps, qu’elle fera une magnifique carrière au cinéma. Elle porte en tout cas ici une bonne partie du film sur ses épaules et c’est un bonheur de la voir effectuer à l’écran cette mue de petite fille cherchant la protection d’un dragon imaginaire en guerrière déterminée et prête à affronter la vie en pleine conscience de sa violence et de ses difficultés. Ses cris de rage, l’innocence de ses questionnements, sa fragile chrysalide, ses larmes, sa détermination, la puissance de ses regards, sa force, ses faiblesses resteront, je pense, longtemps gravés dans ma mémoire pourtant poreuse de cinéphage vieillissant.
Car Blaze n’est pas un produit consommable à date de péremption, c’est un film qui marque durablement de par son sujet, de par son interprétation mais aussi par la beauté de ses images fantastiques, oniriques, poétiques et symboliques. La jeune Blaze s’échappe et se réfugie dans un univers fantasmagorique fait de dragons protecteurs à plumes multicolores et à paillettes, d’univers fantastiques et colorés et de visions entre cauchemar et onirisme. J’adore cette thématique de l’imaginaire et de l’art comme refuge cathartique aux tourments des âmes et Blaze en est une magnifique et puissante illustration. En plus, on trouve dans le film quelques magnifiques petites séquences en stop motion et quelques séquences gore qui viennent renforcer encore un peu plus mon amour inconditionnel pour Blaze.
À un moment, je ne savais plus ce qui pouvait le plus m’émouvoir entre la puissance symbolique de certaines images ou la sinueuse route vers la rédemption de cette gamine, à moins que ce ne soit l’intelligente et sensible combinaison des deux. Si les images oniriques marquent les esprits, le film est également rempli de séquences plus naturalistes et intimistes mais pas moins réussies et émouvantes, comme cet échange rempli de tendresse et de douceur entre la jeune fille et une psychologue qui tente de répondre avec tact et intelligence à des questions difficiles comme : « Comment peut-on violer une personne qu’on aime ? » ou « Pourquoi est-il libre alors que je suis enfermée ? ».
Blaze, c’est tout ce que j’aime au cinéma : un propos fort traité avec intelligence et sensibilité, des personnages que l’on a envie d’aimer et avec lesquels on est prêt à rire et pleurer, des images qui marquent la rétine et l’esprit et, surtout, cette idée qui me touche si particulièrement que l’imaginaire, l’art, l’évasion, la poésie et le fantastique ne sont pas simplement des échappatoires mais aussi et surtout des outils de construction de nos vies face à l'ignominie de ce monde.
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le 5 mai 2026
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