Andrew Dominik abandonne ses premiers plans de mauvais garçons pour les peindre en toile de fond et s'attaque au plus grand sex-symbol de tous les temps - Marilyn Monroe.
(Un brin jalouse pour ceux qui ont pu le découvrir en salles pendant la Mostra de Venise)
What a crazy dream ?
Bien qu'aux premiers abords, la mention de Marilyn Monroe est symbole de diamants et d'idéal absolu, la réalité est nettement plus glaçante. Contextualisé par le roman de Joyce Carol Oates, Blonde parle de la conquête de Norma Jeane pour l'amour et le rêve hollywoodien et des conséquences tragiques d'une industrie tant adulée sur sa vie.
Un portrait psychologique, provocateur et plein d'effroi.
Dans la continuité de ses oeuvres, Andrew Dominik s'arme de spleen et des codes du genre pour se donner à une vision beaucoup plus intime sur la laideur environnante de Norma Jeane Baker. Démantelant la notion de biopic pour exprimer sa propre version de la violence aussi psychologique que physique, le cinéaste va bouleverser les chaumières par son image crue et mélancolique, bien loin des projecteurs. Un parti pris culotté qui ne plaira pas à tout le monde.
L'écho pour le cinéma de David Lynch est sans appel. Le créateur de Twin Peaks a cette façon bien à lui de représenter l'horreur dans ses oeuvres : pas de jumpscare, de sanguinolence ou d'esprits maléfiques, tout est dans l'ambiance, la réalisation et la bande son. Une manière bien à lui d'installer un climat étouffant enclin à de nombreux fantasmes.
Le réalisateur australo-néo-zélandais l'a bien compris et utilise cette même intelligence pour son film. Ici, la caméra n’est que la représentation d'un voyeurisme bien trop présent chez Norma Jeane, une lecture à la loupe qui ne fera qu'accentuer ce sentiment d'oppression, autant pour l'actrice que pour le spectateur. L'impression de franchir une certaine limite en lisant un journal intime ou en jetant un oeil à travers une serrure à la façon du Truman Show, l'illusion de suffoquer dans un étau - un manteau d'hommes illustré de multiples manières, du privé aux tapis rouges, du viol aux bouches beuglantes, tous à l'emprise bien plus animale que tous les monstres du cinéma standard.
Dans la même trempe qu'Eraserhead ou Elephant Man, Andrew Dominik s'adonne aux images en noir et blanc, travaille sur les contrastes, les textures ou encore les métaphores visuelles (fin sépulcrale aux portes des étoiles,...). Bien que cette photographie magnifie totalement l’écran, elle n’est que le reflet d’un mal qui grandit en Norma, un corps étranger qui l'étouffe et la force à se briser pour ne demeurer que Marilyn, devenue à ses dépens le tombeau dont elle n'arrivera pas à se défaire, un combat continuel pour démêler le réel de l'imaginaire sublimé par la musique de Nick Cave et Warren Ellis.
Consciente d'être le fantôme de son alter-ego, Norma Jeane s’adressera directement à nous « qu’est-ce que ça peut bien vous faire ce que je m’inflige ? » avant d'abandonner son vrai moi pour les beaux yeux de Marilyn, Marilyn, Marilyn. Un aller simple vers les abysses, une crise identitaire tournée à la manière d’Inland Empire.
Beaucoup de Lynch oui et tant mieux mais au-delà de ça, Blonde à son propre langage, d’une beauté cruelle aussi horrifique qu'onirique, sensorielle et dérangeante. Une œuvre qui résonne à tous les étages, prend possession des lieux et balaye les utopies sur une icone maudite où Ana de Armas est pour Andrew Dominik ce que Patricia Arquette est pour David Lynch ou Gena Rowlands pour John Cassavetes.
Norma always had my heart