(critique écrite le 2 octobre 2022)
Retour triomphant pour Andrew Dominik qu'on n'avait pas vu dans la fiction depuis 10 ans. Gentleman à l'australienne, le cinéaste ne fait pas attendre ses convives sans les divertir. Profitant de ce temps pour entretenir ses relations, étroites maintenant, avec Nick Cave et Warren Ellis et donc, perfectionner d'avantage la musique de ses œuvres, ces longues années lui (leur) auront aussi permis d'expérimenter un certain nombre de techniques et d'effets visuels, tout en restant dans ce pourquoi Dominik s'est rendu célèbre: le biopic (particularité qu'il partage avec son homologue américain Bennett Miller). Il y a dans ce genre une quête de vérité qui serait cachée derrière la légende et dans ce sens, Andrew Dominik excelle.
Depuis son premier long métrage, Chopper, en n’oubliant surtout pas l’immense Jesse James et même dans Killing them softly où il était question de dévoiler le monde criminel américain, au delà des fantasmes, le cinéaste continue son entreprise de démystification, d'humanisation donc, dans Blonde. Le titre du roman originel, qui insiste d'ailleurs pour ne pas prétendre être une biographie, est particulièrement parlant: tout est faux dans la légende autour de Marilyn Monroe. Faux comme cette couleur blonde dissimulant une brune. Comment peut-on être "la" blonde, alors qu'on n'est même pas "une" blonde? Après nous avoir montré les mensonges du criminel Mark "Chopper" Read dans son anti-biographie, après nous avoir rendu sympathique le plus grand hors-la-loi de l'histoire qu'est Jesse James, Andrew Dominik réussit l'autre exploit qui consiste à nous rendre Marilyn Monroe repoussante.
Utilisant un attirail complet d'effets visuels pour déformer l'image de celle-ci, réorientant son iconographie, cherchant le moment où les 2 portraits coïncident, ou à l'inverse, appuyer la différence entre l'humain et le personnage public, Blonde est un objet cinématographique complet, un film total, virtuose et curieux qui est, comme son héroïne, un symbole: tout en étant le moins Netflix des films Netflix, il marque la fin des productions "d'auteurs" pour cette plateforme. Si le Nouvel Hollywood est mort, les financements accordés aux réalisateurs comme Scorsese, Cuaron, Chandor ou Kaufman par Netflix peuvent aussi mourir. Blonde, c'est notre Heaven's gate.