Blue Heron
6.6
Blue Heron

Film de Sophy Romvari (2025)

Avant la Nuit au Méliès, la journée au Méliès ! Et pour un film que j'attendais avec impatience : Blue Heron, qui se révèle riche d'étrangeté scénique, assumée et maîtrisée.


Un film en deux parties. Une première qui nous emmène auprès d'une famille de deux parents et quatre enfants. Au premier abord, leur vie paraît simple et douce à l'image et sur le papier, mais une incertitude rôde quant à l'aîné de la fratrie. Cette première moitié de film jouera sur une ambiance de flou, qui est de fond tout comme visuelle. On comprend que cet aîné "décalé" souffre de troubles psychologiques, sans en connaître la nature exacte, ni leurs impacts sur le reste de la famille et sur la plus petite fille et son ressenti notamment. La caméra accompagne ces personnages dans des décors de forêt et de mer, tout en gardant une distance laissant planer le doute et le questionnement face à ce qu'il se passe réellement derrière ces images. Le flou est le choix de mise en scène le plus étonnant et marqué du film. Que les plans soient en mouvement ou fixes, que ce flou soit à l'avant ou l'arrière-plan, il semble toujours avoir son mot à dire, en ajoutant à cette ambiance mystérieuse, et si on creuse un peu plus les séquences individuellement, très probablement en ajoutant du sens scénique au propos. Le peu de dialogues de cette première partie vient également compléter cette ambiance éthérée. Des choix de composition visuelle surprenants et des raccords presque contre-intuitifs nous poussent un peu plus dans l'étonnement.


La deuxième moitié commence à dévoiler un peu plus les cartes du film avec un saut de temporalité. On quitte en partie le terrain de l'ambiguïté pour aller un peu plus vers celui de l'émotion, et les ressentis imaginés de la première partie commencent à apparaître. C'est efficace. La forme commence également à s'aventurer sur un terrain de représentation du rêve et de la mémoire tout en conservant les caractéristiques propres à la première moitié et en ajoutant de sublimes photographies en noir et blanc (intradiégétiques).


J'attendais ce film car il m'avait été recommandé par un cinéphile au festival de Cannes de par ma passion pour Aftersun. Là où la comparaison n'est peut-être pas évidente dans la première partie du film, elle prend son sens dans la deuxième. On retrouve le schéma narratif du saut temporel et du personnage principal recreusant son enfance et ses émotions par étude de sa mémoire. Blue Heron comme Aftersun parleront à ceux qui ont vécu avec un parent, un frère ou une soeur, ayant traversé une souffrance parfois non exprimée ou incomprise. Les deux films sont psychanalytiques dans le sens de la recherche d'un rapport émotionnel et des réponses aux questions posées par un autre du passé qui a laissé une marque aussi forte qu'incomplète.


Un film étrange et émouvant, pour les amateurs de mise en scène étonnante, de psychologie profonde et d'étude de la mémoire par le prisme du film. Beau travail !

Cem-Sidawy
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Films vus - 2026

Créée

le 4 juil. 2026

Critique lue 57 fois

Cem Sidawy

Écrit par

Critique lue 57 fois

2

D'autres avis sur Blue Heron

Blue Heron

Blue Heron

8

Pout

le 31 mars 2026

Suivre

Le temps, c'est de l'ardent

Comme un souvenir que l’on ne posséderait jamais tout à fait, Blue Heron, premier long-métrage de Sophy Romvari, s’inscrit dans un geste discret mais de plus en plus affirmé du cinéma canadien...

Blue Heron

Blue Heron

5

Cinephile-doux

le 7 mars 2026

Suivre

Un drame proche

L'histoire de Blue Heron, le premier long métrage de la cinéaste canado-hongroise Sophy Romvari, se révèle à la fois touchante, complexe et inconfortable. Le film interroge la mémoire, au sein d'un...

Blue Heron

Blue Heron

9

Cem-Sidawy

le 4 juil. 2026

Suivre

Le Héron Flou

Avant la Nuit au Méliès, la journée au Méliès ! Et pour un film que j'attendais avec impatience : Blue Heron, qui se révèle riche d'étrangeté scénique, assumée et maîtrisée.Un film en deux parties...

Du même critique

Chicas tristes

Chicas tristes

9

Cem-Sidawy

le 14 août 2026

Suivre

Les reflets du coeur

J'ai souvent vu la cinéphilie comme un long cheminement vers un horizon nocturne, qui ne mènerait nulle part et n'aurait en réalité d'autre objectif qu'une collecte amusante de pierres précieuses au...

Svastika

Svastika

6

Cem-Sidawy

le 18 janv. 2019

Suivre

Croix auto-fermante

Dans l'ensemble, c'est un roman que j'ai trouvé divertissant, agréable à lire, mais qui ne propose pas à mon goût la force émotionnelle et la profondeur thématique (en l’occurrence psychologique) que...

La Communauté des esprits

La Communauté des esprits

7

Cem-Sidawy

le 25 mars 2021

Suivre

she said, i know what it's like to be dead

Pour être honnête, j'ai débuté ce roman avec des attentes assez stratosphériques. La trilogie originale, A la croisée des mondes, est une partie de moi, une pierre angulaire de mon identité : le...