« Blueberry ? Il paraît que c'est nul ! »
Il faut l'avouer, c'est en m'attendant à une grosse daube que j'étais allé voir ce film. J'étais même prêt à chronométrer le temps que j'allais tenir avant de sortir, et puis faire plein de plaisanteries tiptop sur le vrai sens de 'l'expérience secrète', comme m'avait prévenu tout un tas de gens très biens – qui n'avaient pas vu le film mais qui connaissaient tous quelqu'un qui avait trouvé ça nul. Un peu comme une légende urbaine, quoi.
Et d'ailleurs je suis finalement resté jusqu'au bout de ce film pas terrible, certes, mais largement plus regardable que la légende urbaine le laissait entendre.
Je crois comprendre les amis de mes amis : Blueberry est un film qui semble formaté pour décevoir.
En effet, Blueberry n'a rien de ce qu'on pourrait espérer y trouver. Le film va :
- Décevoir les BDphiles qui cherchent à revoir sur grand écran leur héros : le Mike du film n'a pas grand chose à voir avec le Blueberry de Jean Giraud, avec qui il ne partage que le nez (cassé) et le nom indien ad hoc (non, ce n'est pas indien, ad hoc, c'est latin, ça signifie Nez cassé en indien, enfin en français, en indien ce n'est pas pareil, suivez, un peu).
- Décevoir les amateurs de Western Fordien comme Léonnien. Le Far West de Jan Kounen n'est pas ni la terre promise de liberté à conquérir, ni le lieu mythique d'affrontement de dieux de la gâchette. Les rudes colons et les duels au revolver sont évacués en quelques minutes au début dans un flash-back sur la jeunesse de Blueberry : sorry, guys, on n'est pas là pour ça.
- Décevoir les amateurs de chamanisme. Sans être complètement débile, le chamanisme vu par Kounen ne nous apprendra pas grand chose sur les esprits indiens... et fera parfois gentiment ricaner, notamment sur la fin Kaleïdoscopique qui fait penser plutôt à 2001.
- Décevoir les amateurs d'action. On passe du temps avec les aigles, mais on ne tire que très peu de coups de feu dans ce film qui ne contient qu'une seule grosse scène d'affrontement ( 3 cowboys contre plein d'indiens) qui est aussi l'une des plus mal filmées.
- Décevoir les amateurs de frime tape à l'œil : Jan Kounen fait presque preuve de maturité dans ce film bien plus calme que Doberman. Même Vincent Cassel ne passe pas le film à se la jouer comme dans l'ensemble de ses performances jusque-là.
Résultat, rien d'étonnant à ce que plein de gens qui allaient voir ce film en s'attendant à l'un ou plusieurs des traitements précédents, ressortent en en disant le plus grand mal. Tant pis pour le public TF1 (et tant pis aussi pour le public auteuriste qui ne risque pas non plus de s'y retrouver).
Pourtant, il y a des bonnes choses dans ce film. Il n'est pas trop mal joué, beaucoup mieux en tout cas qu'un pacte des loups. Il arrive à surprendre, plus souvent qu'il ne présente des clichés. Les effet spéciaux qui montrent le monde des esprits sont plutôt pas mal et la représentation intelligente (sauf sur la fin). Les métaphores dont abuse un peu Kounen sont plutôt sympathiques et évitent le didactisme lourdingue à l'américaine omniprésent dans d'autres films flirtant avec l'ésotérisme. L'ensemble est bien filmé, avec quelques très jolis plans. Et surtout, le fait qu'il parvienne à éviter de tomber dans toutes les catégories pré-formatées ci-dessus est une qualité.
Cela rachète le scénario bancal et la fin très faible, qui sont les deux principaux défauts à mon avis.