Au milieu des années 1980, le slasher tourne en rond depuis quelques temps. Après l’explosion du genre à la fin de la dernière décennie, les codes sont désormais parfaitement identifiés : un groupe de jeunes gens isolés, un environnement hostile, un tueur mystérieux, des comportements absurdes et une succession de mises à mort plus ou moins inventives. Le film de Ruggero Deodato ne cherche d’ailleurs jamais à réinventer la formule. Il l’applique avec sérieux, presque scolairement, tout en y injectant cette saveur typiquement italienne qui transforme parfois les productions les plus modestes en curiosités attachantes.
Le récit accumule ainsi les clichés du genre avec une certaine bonne volonté : personnages stéréotypés, réactions totalement incohérentes, faux raccords visibles et invraisemblances en cascade. Pourtant, malgré ses nombreuses maladresses, le film parvient à conserver un pouvoir de divertissement réel. La narration avance sans temps mort majeur et les meurtres, sans être particulièrement marquants, offrent leur lot de moments efficaces pour l’amateur de cinéma d’exploitation.
Mais ce qui distingue surtout Body Count d’un simple slasher américain de série, c’est son ambiance. Là où beaucoup de productions américaines de la même époque commencent à ressembler à des produits industriels interchangeables, le film conserve une atmosphère poisseuse, presque sale, héritée du cinéma de genre italien des années 1970. Les décors forestiers, la photographie parfois étrange et cette impression constante de désordre narratif participent finalement au charme du film. Chez Deodato, même le mauvais goût semble faire partie intégrante de l’expérience.
La présence de plusieurs visages connus du cinéma bis apporte également une certaine sympathie à l’ensemble, mais le véritable luxe du film reste sans doute sa musique signée Claudio Simonetti. Le compositeur, célèbre pour son travail avec Goblin sur plusieurs classiques de Dario Argento, livre ici une partition électronique immédiatement identifiable. Ses nappes synthétiques apportent au film une personnalité inattendue et rappellent constamment l’âge d’or du fantastique italien, comme si la musique appartenait à un film plus ambitieux que celui qui défile à l’écran.
Sans jamais dépasser le statut de petit film d’exploitation tardif, Body Count demeure donc une série B sympathique, imparfaite mais attachante, témoin d’un genre déjà à bout de souffle mais encore capable, par moments, de dégager une véritable atmosphère. Un slasher mineur, certes, mais suffisamment sincère et rugueux pour laisser un souvenir agréable aux amateurs de cinéma bis italien.
5,5