Le Fabuleux Festin des zombies d'Paulin

Depuis plus de trente ans, Brian Paulin est une figure du cinéma horrifique indépendant, underground et bis aux USA. Avec douze films à son actif, le bonhomme parvient tout de même à pondre en moyenne un nouveau film tous les deux ans, traduisant un rythme de travail assez soutenu pour ce type de production. Comme c’est souvent le cas dans cet univers de films à petit budget, Brian Paulin est multi casquette puisqu’il est à la fois réalisateur, scénariste, producteur, monteur, acteur, directeur de la photographie, costumier, maquilleur et directeur des effets spéciaux (rarement tout à la fois sur un seul film). Bone Sickness, dont il est question ici, sort en 2004 ; c’est déjà le sixième long-métrage de Brian Paulin et, si l’on reste dans un monde de splatters bas du front et de cinéma aux limites de l’amateurisme, il convient de saluer chez Brian Paulin un vrai désir de cinéma.


Bone Sickness raconte l’histoire d’un jeune couple dont le mari est atteint d’une maladie incurable en phase terminale. Désespérée, sa femme Karen se tourne vers un ami et un remède expérimental à base de compléments alimentaires faits avec des poudres d’os prises sur des cadavres.


Comme je le disais plus haut, et même si le film est bourré de défauts, on sent chez Brian Paulin un vrai désir de faire du cinéma, de raconter une histoire, d’être déférent envers ses sources d’inspiration et d’offrir un cinéma ultra-gore et généreux sans presque jamais tomber dans la facilité. Même si le film n’évite pas l’érotisme complaisant de circonstance — en même temps, avec une actrice blonde avec une aussi forte personnalité, ce serait criminel de ne pas la montrer à l’écran à un moment 🥸 —, il faut reconnaître à Brian Paulin de ne jamais se vautrer dans l’humour débile et les provocations trash pour tenter d’exister. Bone Sickness, au contraire, est un film très premier degré qui parle de maladie, de pourrissement des corps, de ce que l’on est prêt à faire quand l’amour et le désespoir nous poussent vers les versants les plus obscurs de la médecine, le tout avec des morts-vivants. Car oui, Bone Sickness est un film de zomblards et, même si je me suis longtemps demandé ce qu’ils foutaient dans le film, tout sera justifié ou du moins expliqué à la fin du long-métrage et ce ne sera pas plus con qu’une éclipse, un virus ou une fuite radioactive. Même si les références sont écrasantes à la vue du résultat, le film de Brian Paulin est un curieux mélange de La Mouche de Cronenberg, L’Enfer des zombies de Lucio Fulci et le Zombie de Romero. Bone Sickness baigne donc dans une ambiance assez poisseuse, maladive et nauséeuse de fin de vie assez déprimante.


Il convient toutefois de se coller dans l’ambiance production bis fauchée vintage et d’accepter avec une générosité toute magnanime les énormes défauts du film, à commencer par une durée un poil excessive. Presque 105 minutes pour ce type de production, c’est souvent l’assurance d’un montage pas assez resserré, d’une relative complaisance à s'attarder beaucoup trop longtemps sur les effets gore dont on est (à juste titre) assez fier, et de faire souvent un peu trop durer certains plans pour remplir les trous d’un scénario pas assez riche ou qui s’éparpille, comme avec l’histoire de ces deux flics qui ne sert pas à grand-chose. Bone Sickness souffre clairement de tout ça en plus de son évident manque de moyens. Autre gros point noir un peu disgracieux : un casting et une direction d’acteurs juste passables dans le meilleur des cas et souvent assez calamiteux. Brian Paulin acteur n’échappe pas à ce constat ; en plus, avec sa bouille ronde de bébé et sa longue tignasse blonde, j’ai passé une bonne partie du film à me dire qu’il ressemblait étrangement à Murielle Bolle incognito avec une perruque. Franchement, regardez cette image et puis cette image, zappez en vitesse sur les deux et ne me dites pas qu’il n'y a pas un petit air de famille 😁😁… Mais revenons à Bone Sickness.


Dans le générique de fin, Brian Paulin remercie Tom Savini, le magazine Fangoria et Greg Nicotero, montrant à quel point le réalisateur aime les effets spéciaux et le gore qui tâche ; et effectivement, de ce point de vue là, le film ne fait pas dans la demi-mesure. C’est une orgie monstrueusement généreuse et inventive de viscères, de sang, de putréfaction bien dégueulasse, de démembrements, d’anthropophagie et de morts atroces. Latex, faux sang, prothèses, maquillages, illusions de Grand-Guignol : c’est un bonheur de retrouver cette horreur artisanale et tellement organique. Visage attaqué à la scie circulaire, crâne ouvert comme un œuf à la coque, arrachage des intestins en passant par le côté obscur de la force, tronche écrasée à coups de pierres : le film est tout de même d’une générosité sans fin pour offrir aux spectateurs une surdose (limite overdose) d'horreurs graphiques. Mais j’aime bien cette générosité là, comme lorsque Brian Paulin décide de filmer une apocalypse zombie avec un embouteillage sur un parking, quelques cascades de bagnoles et des figurants qui courent affolés tandis que deux types en militaire canardent tout ce qui bouge ; le manque de moyens ne semble jamais freiner l’envie de cinéma de ce réalisateur et c’est plutôt cool. Et d’un point de vue strictement horrifique, Bone Sickness est une vraie réussite : les morts-vivants à la Fulci, plus proches du cadavre en putréfaction que du vivant maquillé, sont très réussis et bien sûr, niveau gore, c’est limite trop. Le réalisateur soigne aussi ses angles et ses prises de vues, essaye d’installer une ambiance, un climat et, même si c’est loin d’être toujours réussi (mais pourquoi ces lumières vertes ?), au moins l’intention est palpable.


Bone Sickness reste donc une relative bonne surprise ; tout est loin d’être réussi dans le film de Brian Paulin, mais on sent une telle envie de bien faire et une telle générosité dans le gore que ça donne envie de découvrir ses autres films. Ça tombe bien, Fetus et Cryptic Plasm de ce bon Paulin ont rejoint mes étagères de DVD.

freddyK
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le 2 mai 2026

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