De très bons avis avec une moyenne de 7 sur Sens Critique pour ce film et, cerise sur le gâteau, le césar de la meilleure actrice 2025, Hafsia Herzi, pour son interprète principale. Alors difficile d’aller à contre-courant et d’argumenter mon appréciation plus réservée. Bien sûr, il y a, en arrière-plan, le magnifique « Un prophète » de Jacque Audiard et le sentiment que cette production plus récente ne souffre pas, malgré tous ses atouts, de la comparaison. Sensibilité, élégance, profondeur des enjeux, si les deux films ont en commun le milieu carcéral l’un nous emporte et l’autre, plus appliqué, nous laisse au bord de la route.
Dans Borgo aucun rôle n’a suscité chez moi d’empathie ou d’attachement. Prisonniers de leur destin, les personnages restent des stéréotypes de tragédie grecque. Des marionnettes à qui, malgré le savoir-faire des acteurs, l’histoire ne parvient à insuffler ni souffle ni âme. Cela ne remet pas en cause le savoir-faire du réalisateur. Des trouvailles, de l’angélique Louis Memmi, inquiétant intermédiaire développant son emprise à la scène de distribution de cigarettes, sur l’air de Julien Clerc, apportent une émotion certaine. Mais le reste, froid et sec, manque de souffle. Si l’on vise l’épure (je pense au « Samouraï » avec Alain Delon) il faut assumer son projet jusqu’au bout et ne pas le compromettre avec des policiers caricaturaux, des marmots indisciplinés et une alternance enquête/présent poussive.
Le regard, porté par des surveillants et non des détenus, a de quoi séduire d’emblée. On comprend qu’il ouvre la voie à des compromissions ou des arrangements voire à une lente descente aux enfers. Mais le tempo distillé par le réalisateur, le visage relativement mutique de la gardienne, Mélissa Dahleb et la relative suavité des commanditaires n’aide pas à saisir le cheminement mental qui conduit à la compromission puis l’abdication de la surveillante. On comprend très vite que la complaisance de la gardienne, son empathie, conduira à la faute. Son parcours, devient, de ce fait, relativement accessoire.
Il y a bien de film qui ne se haussent pas à la hauteur de celui-ci mais, malgré l' ambition et la patte indéniable du réalisateur, il conserve quelque chose d’un peu inabouti.