Jennifer,jolie jeune femme de la cambrousse canadienne,accouche d'un bébé qu'elle abandonne direct aux services sociaux puis se barre vite fait à Toronto pour échapper à son compagnon violent.Sur place,elle se retrouve à la rue car elle n'a aucune ressource.Par chance,elle est recueillie par Ola,une prostituée vieillissante au grand coeur.Pour gagner sa vie,Jenny ne tarde pas à accompagner sa bienfaitrice au tapin,mais elle est dans le collimateur d'Hassan,le proxénète cinglé qui fait la loi dans les quartiers chauds et veut la recruter dans son écurie de pouliches avenantes.Ola s'oppose à lui pour protéger sa copine et on sent que tout ça va mal finir,d'autant que l'ex de Jennifer,un vrai psychopathe,est à sa recherche.Ce premier film de Penelope Buitenhuis s'inscrit dans le courant du thriller nocturne crapoteux et malsain,genre Ferrara des débuts.Mais là on est sur de la série B fauchée assez proche de petits hits du genre des années 80,notamment ces oeuvres écrites par Robert Vincent O'Neil comme le "Descente aux enfers" de Gary Sherman,sorti en 82,ou les deux "Angel" de 83,shootés par O'Neil lui-même.Malgré des moyens visiblement limités,Buitenhuis,qui a surtout oeuvré pour la télé, s'en sort plutôt pas mal en tenant sa narration et en préservant un rythme correct,cette production canadienne souffrant en revanche d'une photo charbonneuse dégueu et d'une musique nulle,mais ça cadre finalement avec l'ambiance sordide ici développée,comme les décors moches,sales,déprimants et enneigés.Nous voici donc plongés dans la vie pas facile des putes et dans leur monde exotique plein de nanas aguichant le client en tenue légère,de travelos ridicules,de batailles pour un bout de trottoir,de michetons radins et potentiellement dangereux,et de macs brutaux adeptes du tabassage en règle.Des clichés certes,mais sans doute plus proches de la réalité que ce qu'on nous sert dans l'infect "Pretty woman".C'est dans ce riant environnement que tente de survivre cette pauvre Jennifer,l'oie blanche de service tombée dans la débine.Il faut dire que cette fille est malchanceuse.Violée enfant par son père,frappée par son concubin,contrainte de se débarrasser de sa petite à la naissance,SDF dans la froidure de Toronto,harcelée par un maquereau qui veut l'exploiter après l'avoir baisée,prostituée par nécessité,traquée par son salopard de copain,c'est ce qu'on appelle un parcours de vie compliqué,surtout que les ennuis vont continuer à pleuvoir.Du coup le scénario d'Andrea Wilde évolue et dévoile ses batteries,le thriller noir sur fond de proxénétisme est en vérité un mélo féministe,ce qui se confirme quand on voit l'héroïne lire de temps en temps le best-seller de Maya Angelou "Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage".Maya,que tout le monde a oublié,était une romancière,poétesse,comédienne et militante des droits civiques,elle a même écrit et réalisé quelques films.Son parcours est étrangement similaire à celui de Jennifer,et Wilde s'en est visiblement inspirée pour son script.En effet,Angelou a connu la misère,l'abus parental,la vie précaire et la prostitution avant de s'en affranchir par les arts.Mais elle,en plus,était noire,ce qui ne contribuait pas à améliorer sa situation dans une Amérique ségrégationniste.Le traitement de l'histoire est évidemment basique et sacrifie aux charmes du cinéma populaire.De la violence sauvage,de la pression psychologique impitoyable,des culs et des nichons dévoilés sans complexe,on y va franco dans ce mélange d'exhibitionnisme et de moralisme,parce qu'il faut se souvenir que tout ce qu'on nous présente là,c'est très mal.Le casting,qui réunit Canadiens et Américains, est assez luxueux pour un produit de ce type,même si on a affaire à des acteurs un peu passés de mode.Kari Wuhrer,magnifique chaudasse du bis d'Outre-Atlantique,est caliente à souhait en fille perdue et n'hésite pas à tomber les vêtements.Rae Dawn Chong promène un air un peu absent en pute expérimentée décidée à sauver sa jeune collègue,et Lou Diamond Phillips nous sort un numéro totalement extravagant en proxo flamboyant qui fait tournoyer sa canne et maltraite son cheptel.Dire qu'il en fait trop est un euphémisme,c'est carrément carnaval.Lance Henriksen semble bien décati en policier dépassé par la criminalité ambiante qui fait mollement la morale à toutes ces vilaines personnes.Joel Bissonnette est très crédible en plouc hargneux déterminé à récupérer l'objet de son affection.Grand,maigre,émacié,barbu,il a tout du type malsain dont on ne peut que se méfier.