"Boulevard de la mort" joue avec le plaisir que la répétition crée chez le spectateur. "Boulevard de la mort" est en fait deux films en un. Les deux parties étant le même film répété mais avec un déroulement et une issue différente. Le même esprit est conservé dans la répétition de la scène de crash, dont je reparlerais plus loin, où la répétition est la source d’un crescendo de violence assez jouissif. Oui le mot est bien choisi malgré les circonstances car il est clair que le personnage interprété par Kurt Russel vit cet accident comme un véritable orgasme à répétitions. Dimension sexuelle qui est d’ailleurs largement soulignée notamment dans le plan assez délirant de Kurt Russel assis sur le capot de sa voiture, son bouchon de radiateur représentant un canard à la fière allure placé délicatement dans son entrejambe…
Tarantino a rempli son film de références à sa propre filmographie : la sonnerie de portable rappelant le sifflement de Daryl Hannah dans "Kill Bill" (séquence de l’hôpital), le petit déjeuner du deuxième groupe de filles en travelling circulaire qui rappelle la séquence d’ouverture de "Reservoir Dogs", la fameuse et devenue culte, prise de vue depuis le coffre, le Big Kahuna Burger, apparition de sa personne dans le film et probablement d’autres… On notera également un clin d’œil à Sofia Coppola (avec qui il est sorti durant quelque temps) par un plan assez bref sur des magazines ayant en couverture des photos du film "Marie-Antoinette". On retrouve également de longues séquences dialoguées au sein du film qui en agaceront certains et en raviront d'autres car il faut avouer que s'il est une chose à laquelle Tarantino soit définitivement doué c'est bien l'écriture de dialogues ! Ici on ne déroge pas à la règle et on se régalera de nombreuses punchlines doublées d'un humour décapant.
Mise en scène inventive et dynamique, scénario et concept jouissifs, le tout traité avec brio et avec une belle lumière également signée Tarantino qui était pour la première fois son propre directeur de la photographie, prenant ainsi exemple sur son pote Robert Rodriguez qui accumule les postes au tournage. Le casting est très bon et très féminin, bref que dire de plus si ce n’est que cet ensemble crée une alchimie pour le moins réussie et remonte encore le film vers le haut. Malheureusement, le film n'est pas totalement abouti mais c'est quand même une nouvelle preuve que Tarantino est un grand cinéaste avec lequel il faut compter.