Ou plutôt « dévorant un de ses fils », devorando a un hijo.
C’est un film noir comme les pinturas negras de Goya sont des peintures « noires ». L’atmosphère y est nocturne. Partout quelque chose de trivial, de brutal, de perturbant. Deux frères après la mort de leur père. Un bowling en héritage. Une rivalité sourde entre l’aîné raisonnable, bien installé dans la vie, et le benjamin chaotique, habité par la frustration et la violence.
Dans tel plan, trois classeurs rouges. Dans le suivant, trois chaises rouges. Un esthétisme un peu trop appuyé, un peu trop démonstratif à mon goût.
La couleur rouge comme fil rouge. Le sang des victimes assassinées brutalement par Armand. Mais lequel ? Armand ou Armand ? La faute des pères doit-elle retomber sur les fils ? Tel père, tel fils. Proie animale pour l’un, proie humaine pour l’autre. Chasse aux fauves. Chasse à l’homme. Chasse à la femme. Effroyable progression. French psycho entre mythe et safari. Une scène de meurtre qui met mal à l’aise non seulement par sa violence mais par le silence qui l’accompagne. Pas de place pour la parole humaine. Aucun mot, aucun cri, aucune supplication. Le langage a été rayé. La violence est lourde. La musique est sourde. Il n’y a que le chien qui aboie, plus humain que le tueur retourné à l’état de bête brute. D’ailleurs celui-ci ne meurt pas comme un homme, il crève comme une bête blessée, tombée au bas du fossé. Une mort sans pathétique qui laisse un sentiment de perplexité. Justice n’a pas vraiment été rendue. Vengeance n’a pas été faite. On dirait qu'il meurt comme s'il ne pouvait en être autrement. Est-ce juste que Saturne a fini par dévorer l'un de ses enfants ?