Le film est "dédié à la France et à ceux qui l'aiment". Voilà qui annonce la couleur.
A travers les allers et retours en Afrique de l'explorateur Pierre Savorgnan de Brazza, "conquérant" du Congo, Léon Poirier, dans l'esprit patriotique de 1939, célèbre l'empire français, légitime la colonisation et la civilisation chrétienne.
Le film est édifiant, maladroitement, et par conséquent souvent stupide. La mise en scène de personnages historiques (Gambetta, Jules Ferry...) est grotesque, suivant un didactisme incroyablement simpliste. Pour ce qui est des séquences africaines, elles reflètent une exploration sans péril ni beaucoup de complications, et ne forment, de ce fait, en aucun cas une aventure.
Poirier filme l'Africain dans son folklore incontournable, avec nombreuses danses tribales, et dans ce que le réalisateur présente comme ses dispositions pour la servitude. Les considérations sur l'Afrique sont insignifiantes, sauf sur ce qu'elles disent de l'esprit du film (ce qui fait son intérêt). Le propos est évidemment raciste et condescendant. Le cinéaste prête même à Brazza cette analogie à propos de la relation entre l'indigène et le colon, qu'il compare au rapport entre le chien et son maitre.
L'interprète de Brazza, le médiocre Robert Darène -qui a juste le mérite de ressembler à son modèle- se pavane avec un sourire béat pendant tout le film en débitant des propos patriotiques et en incarnant, jusque dans la non-violence (par opposition à son homologue et concurrent anglais Stanley), la grandeur de la France. Et Poirier de déplorer l'oubli où est tombé le grand homme.