Un film militant de Ken Loach…

Mais là, il ne s'agit pas de la péninsule britannique post thatchérienne et de ses travailleurs. Non, on est en Californie, à Los Angeles, en 2000 et on s'intéresse aux conditions de travail des agents d'entretien d'immeubles de bureaux. Oui, à ceci près que ces "janitors" sont des travailleurs mexicains (ou sud-américains) entrés plus ou moins illégalement aux Etats-Unis. C'est d'ailleurs bien cette particularité qui fait que ces gens sont sous-payés et que leurs patrons en profitent pour ne pas les déclarer ni cotiser à un régime d'assurance maladie.

Bien entendu, le propos de mon papier n'est pas de prendre position sur ce type de question difficile sinon pour dire qu'il ne doit exister aucun pays au monde où les employés, pas en règle avec les lois d'immigration locales (quand il y en a) et donc pas déclarés, ne sont pas exploités pour le plus grand profit du patron.

Là, le sujet de Ken Loach est de développer l'idée de la lutte de ces employés, organisée par un syndicat désireux de s'implanter et, in fine, pour leur obtenir de meilleurs traitements. Ou, plutôt, d'amener les conditions salariales de ces employés au niveau moyen de la profession et (peut-être !) éviter les conditions déloyales de concurrence entre les diverses entreprises de nettoyage.

Le film est surtout intéressant par le jeu des acteurs fortement investis dans leurs rôles respectifs.

D'abord ces deux sœurs qui s'affrontent durement dans une scène bouleversante entre Maya (Pilar Padilla), fraîchement arrivée à L.A., tout feu tout flamme, vertueusement indignée et Rosa (Elpidia Carillo), bien installée et mère de famille avec un mari malade. Maya n'accepte pas les conditions de travail et le dit haut et fort mais découvre à quel prix Rosa a pu envoyer de l'argent à la famille au Mexique et surtout se construire un "nid" familial auquel elle tient plus qu'à tout. Deux conceptions de la vie diamétralement opposées.

Le personnage du syndicaliste qui tente de convaincre les employés de l'immeuble de s'organiser est interprété par Adrien Brody qu'on reverra quelques années plus tard dans le rôle du "Pianiste" (Polanski) puis dans le rôle de Salvador Dali dans "Minuit à Paris" (Allen). Dans "Bread and Roses", il est plutôt pas mal. Son jeu souvent un peu trop désinvolte comporte une part d'ambiguïté qui fait qu'on se demande, parfois, "pour qui il roule". D'ailleurs, Maya (Pilar Padilla) ne peut s'empêcher de lui demander ce qu'il a à perdre, lui, dans cette affaire.

Donc, pour résumer, ce film assez manichéen en montrant le gentil et serviable employé face à l'épouvantable et répugnant patron, ne s'intéresse finalement pas au fond du problème qui est l'acceptabilité dans la société américaine des immigrés, pourtant indispensables au bon fonctionnement de la communauté. Et ce n'est pas la ridicule scène où les employés se montrent au moment du cocktail des gens du show-biz (on y reconnait quelques stars comme Ron Perlman) qui va résoudre quoi que ce soit.


JeanG55
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2000

Créée

il y a 2 jours

Critique lue 11 fois

JeanG55

Écrit par

Critique lue 11 fois

1
4

D'autres avis sur Bread and Roses

Bread and Roses

Bread and Roses

8

BarnyLgx

69 critiques

Retour à la Lutte des Classes

Il me semble que ça s’est passé en l’an 2000, un jour où j’allais au cinéma près de chez moi ; je remarquais une grande affiche de film sur ma droite, qui représentait une femme au milieu d’une route...

le 27 mars 2021

Bread and Roses

Bread and Roses

10

Léo_Belon

4 critiques

Elle a choisi la vie, Maya

S'il y a une chose qu'on peut reprocher à Ken Loach, par ailleurs doté d'une considérable aura compte tenu du fait qu'il est à peu près le seul cinéaste à réussir à se sortir du marasme...

le 20 sept. 2014

Bread and Roses

Bread and Roses

6

Andy-Capet

678 critiques

Pour favoriser la conscience, un rappel de la glorieuse grève de 1912

J'ai trouvé que Bread and Roses n'était pas très bon mais qu'il était construit pour les américains, pour l'exportation. C'est un film culturel et fait pour les américains, j'en suis convaincu. Et à...

le 13 janv. 2013

Du même critique

La Mort aux trousses

La Mort aux trousses

9

JeanG55

2468 critiques

La mort aux trousses

"La Mort aux trousses", c'est le film mythique, aux nombreuses scènes cultissimes. C'est le film qu'on voit à 14 ou 15 ans au cinéma ou à la télé et dont on sort très impressionné : vingt ou quarante...

le 3 nov. 2021

Le Désert des Tartares

Le Désert des Tartares

9

JeanG55

2468 critiques

La vanité de l'attente de l'orage

C'est vers l'âge de vingt ans que j'ai lu ce livre. Pas par hasard, je me souviens très bien qu'un copain me l'avait recommandé. J'avais bien aimé. Cependant, je n'ai jamais éprouvé le besoin de le...

le 7 avr. 2023

125 rue Montmartre

125 rue Montmartre

8

JeanG55

2468 critiques

Quel cirque !

1959 c'est l'année de "125 rue Montmartre" de Grangier mais aussi des "400 coups" du sieur Truffaut qui dégoisait tant et plus sur le cinéma à la Grangier dans les "Cahiers". En attendant, quelques...

le 13 nov. 2021