Il me semble que ça s’est passé en l’an 2000, un jour où j’allais au cinéma près de chez moi ; je remarquais une grande affiche de film sur ma droite, qui représentait une femme au milieu d’une route blanchie par le soleil. Et j’ai essayé de lire le titre, ça s’appelait "Bread and roses". Moi, je me disais plutôt que ça devait être une erreur de titre et que ça devait s’appeler Brad et Rose, et je remarquais qu’un certain Adrien Brody était au casting. C’est assez bizarre, mais c’est le premier souvenir que j’ai eu de ce film (c’est un peu comme si dans votre imaginaire, le Parc des Princes, le stade du PSG, est un endroit où se baladent des princes et des princesses).
Maya fuit son Mexique natal pour rejoindre illégalement les États-Unis. Après quelques péripéties, elle loge chez sa sœur, Rosa, et lui trouve un travail de femme de ménage dans un immeuble de Los Angeles. « Elle y découvre le capitalisme sauvage et aussi la solidarité des exploités. » (Source : Dictionnaire des Films, sous la direction de Jean-Claude Lamy, éditions Larousse) Puis, elle fait la rencontre d’un jeune syndicaliste de gauche, Sam Shapiro (Adrien Brody), avec qui elle va partager les idées au point d’organiser avec lui ainsi qu’avec des employés une grève pour reconnaître les droits des salariés.
Ken Loach revient aux fondamentaux. Il quitte l’Angleterre, alors dominée par Tony Blair et le duel Oasis-Blur pour s’attaquer à la réalité du rêve américain et signe un film social sur la lutte des classes en Californie, à Los Angeles plus exactement, et met en avant les travailleurs et le syndicalisme campés par des acteurs méconnus, mis à part Adrien Brody, mais accomplissant du bon boulot. Bien sûr, les ouvriers sont les gentils, et le patron est très méchant, sous-paye ses employés et les renvoie quand ça lui chante, mais dans cette histoire, des trahisons, du chantage et des coups de théâtre seront à prévoir. Heureusement, c’est un beau film, bien ficelé, pas caricatural. L’expression "We want Bread, but Roses too", dont Loach s’est inspiré pour le titre du film, fait référence à une grève dans une industrie textile dans le Massachusetts en 1912. « Loach livre un pamphlet sur les USA capitaliste, l'immigration et la mauvaise foi des grandes sociétés envers les classes les plus démunies. » (Source :https://www.senscritique.com/film/Bread_and_Roses/critique/34430545)
Aujourd’hui encore, au XXIème siècle, alors que l'ancien Président américain Donald Trump songeait sérieusement d’en finir avec l’immigration clandestine dans son pays en bâtissant son mur anti-migrant, on peut voir au début du film que lorsque Maya et ses compagnons passent la frontière, les passeurs profitent de la docilité des migrants, ou encore à la fin du magnifique "Babel" d’Alejandro Gonzales Inarritu, avec l’expulsion de la nourrice mexicaine des enfants de Brad Pitt et Cate Blanchett. Ce film, malgré le fait qu’il a été tourné à la fin du siècle dernier, reste encore et toujours d’actualité.
Sélectionné à Cannes en 2000, le long-métrage, méconnu de la carrière d’Adrien Brody - révélé par "La Ligne Rouge" de Terrence Malick et plus tard dans "Le pianiste" de Polanski -, repartira bredouille. Mais le vieux sorcier anglais Ken Loach, habitué de la Croisette, a plus d’un tour dans son sac et obtiendra deux fois la Palme d’Or du Festival de Cannes : la première pour "Le vent se lève" en 2006 et l’autre dix ans plus tard avec "Moi, Daniel Blake". Quant à son "Bread and Roses", il s’agit d’un très bon cru mi-anglais, mi-californien, impeccable, sensible et solaire à la fois.