Sorti en 1996 et réalisé par Lars von Trier, Breaking the Waves est un mélodrame poignant et très dérangeant aussi. Lars Von Trier oblige, on y retrouve toutes les thématiques qui lui sont chères et dont il s'est fait l'ardent artisan depuis le début des années 90. Le réalisateur danois est l'un des cofondateurs (avec Thomas Vinterberg) du mouvement Dogme95 et Breaking the Waves est l'un des premiers rejetons (avec Festen) de ce mouvement. Lars von Trier est reconnu comme un personnage profondément nihiliste, ne cachant pas sa face sombre et son tempérament colérique. Son côté profondément dépressif et pessimiste sur la nature humaine est bien visible dans Breaking the Wave, qui est une œuvre déchirante sur le sacrifice amoureux et sur les dangers de la soumission à une religion. Lars Von Trier n'est pas un cinéaste catholique, tout au contraire.
Dans Breaking the Waves, c'est l'histoire de Bess McNeill (Emily Watson) une jeune femme un peu naïve et très pieuse aussi, faisant partie d'une communauté religieuse qui promeut une idéologie radicale et qui réprime les voix discordantes. Son quotidien est très austère, à l'opposé de son caractère, douce, sensible et rieuse aussi. Un beau jour, elle tombe amoureuse de Jan Nyman (Stellan Skarsgård) un ouvrier qui travaille sur une plateforme pétrolière. Sa communauté religieuse ne voit pas d'un très bon œil leur idylle, mais tant pis, ils vont quand même se marier et vivre un amour très fort et inconditionnel. Lars von Trier oblige, ce bonheur sera de (très) courte durée, puisque Jan va être victime d'un accident sur la plateforme pétrolière qui le laisse paraplégique ...
Breaking the Waves débute comme un mélodrame du siècle dernier, avec tous ces grands plans majestueux sur les paysages naturels d'Écosse. On se croirait presque dans l'adaptation d'une œuvre de Jane Austen ou de Thomas Hardy. Et puis tout bascule dés lors que Jan est frappé par la fatalité. Bess et Jan sont des personnages complexes, qui passent par tous les états, le deuil, la dépression, la violence et la mythomanie. L'infortune qui frappe ce couple amoureux est très déstabilisant. On passe d'un seul coup, du rêve au cauchemard. Comme dans beaucoup de films de Lars von Trier, Breaking the Waves adopte le point de vue féminin, avec une femme très forte et brillamment interprétée. C'est l'arme de son discours anticlérical. Elle est au bord de la folie et comme elle est très pieuse, elle s'adresse directement à Dieu et même que Dieu lui répond, puisqu'elle interpréte les deux voix, symbole ultime de sa schizophrénie.
Dans Breaking the Waves, on retrouve les mêmes dispositifs de mise en scène et les même effets de style qui ont fait sa réputation. C'est toujours du cinéma vérité avec caméra à l'épaule et les même effets de styles qui se répètent (les ralentis, les zooms, les raccord étranges, les ellipse d'une scène à l'autre ...). Et c'est un directeur d'acteur prodigieux, arrivant toujours à obtenir des prestations très intenses. Emily Watson est absolument possédée par son rôle, à la fois douce et aimante, mais aussi mythomane et misanthrope. Quant à Stellan Skarsgård, l'un de ses acteurs fétiches, il est juste parfait en amoureux frappé par la fatalité.
Bref, Breaking the Waves est une descente en enfer de 2h30, sans la moindre lueur d'espoir. Le seul rayon de soleil dans ce film, c'est Bess et son interprète Emmy Watson. Le film remporta en 1996 le grand prix à Cannes et le César du meilleur film étranger, deux récompenses amplement méritées. Breaking the Waves est un film hautement recommandable, mais à ne pas regarder si vous êtes dépressif ... vous serez prévenu !