Breathing In
5.8
Breathing In

Film de Jaco Bouwer (2025)

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Une épreuve. Mais quelle ambiance et quelle actrice !

Voilà un film qui va vous mettre à l'épreuve par son extrême lenteur, son atmosphère étouffante et anxiogène, son image sombre et sa musique dissonante. Vous passerez une interminable nuit pluvieuse en huis clos dans une ferme abandonnée éclairée à la bougie, en compagnie de deux femmes (une mère et sa fille) et deux soldats dont un mourant. La mère ressemble à une vieille sorcière à la voix rauque et aux doigts noircis et sa fille, attachée à une chaise pour l'empêcher de dormir, est étrangement pâle et apathique. La mère semble s'occuper du vieux militaire mourant. Elle apprête sa fille pour recevoir un mystérieux visiteur qui se révèle être un jeune soldat qui vient prendre des nouvelles de son vieux supérieur. Le jeune homme tombe sous le charme de la jeune fille, sans se rendre compte qu'il tombe en même temps dans un piège très élaboré...


L'ambiance est mystérieuse et anxiogène dès la première image, avec ce chariot qui cahote lentement dans la nuit avec à son bord une silhouette sombre encapuchonnée dont on ne verra que les doigts noircis. On apprendra plus tard que cette mère et sa fille ne se déplacent dans ce chariot que de nuit.

Disons-le tout de suite : le film pose beaucoup de questions mais ne répondra pas à toutes. On ne saura jamais vraiment si ces deux femmes sont humaines ou des créatures fantastiques. La mère a l'air d'une sorcière, elle prépare des mixtures à base de plantes. On pense aussi aux vampires, car les deux femmes ne vivent et ne se déplacent que la nuit. La fille a la pâleur d'un vampire en manque de sang et elle n'a pas le droit de voir la lumière du jour. Le réalisateur joue avec notre imaginaire et nos références et sème le doute en permanence.

"Breathing in" est d'abord un film d'atmosphère. Comme le soldat, on ne sait pas où on est tombé et on ne comprend pas ce qui se passe. On apprend par bribes lentement distillées par la mère ou la fille l'histoire de ce couple bizarre. Mais rien ne sera totalement élucidé.


Beaucoup de critiques font référence à "The Witch", mais l'univers visuel, l'éclairage à la bougie, le jeu d'acteur au ralenti, les fugitives images d'horreur et surtout la sorcière aux doigts noircis m'ont plus fait penser à "Gretel & Hansel" d'Osgood Perkins. On est plutôt dans un conte traversé de fulgurantes visions horrifiques dont on ne sait si ce sont des hallucinations du jeune soldat ou des manifestations de sorcellerie. On voit par exemple la mère (en lévitation?) atterrir lentement derrière le dos du soldat, des yeux rouges apparaître aux abords de la ferme, la mère prendre la forme d'un vautour ou le reflet fugace du visage de la fille recouvert d'un étrange appareil métallique dans un miroir de poche... Mais nous n'aurons aucune explication ou certitude sur ces visions fugitives dérangeantes.

Cette étrange ferme isolée au milieu de nulle part dans une nuit perpétuelle m'a beaucoup fait penser à la maison de la sorcière au milieu de la forêt dans "Gretel & Hansel". Un univers magique, hors de l'espace et du temps, mais aussi un piège dont il est impossible de s'échapper. La réalité sordide (la guerre des Boers fait rage au loin) n'est présente qu'en arrière-plan ou par petites touches (l'arrivée du cheval blessé, les cadavres de soldats dans la boue à l'extérieur).

La mère et sa fille ensorcellent littéralement le soldat : la jeune fille par sa beauté et sa vulnérabilité, et la mère, par ses discours mystérieux et sa présence autoritaire et sourdement menaçante. Le petit homme (il est plus petit que la mère) se retrouve au centre d'une toile d'araignée dont il n'arrive jamais à se libérer.

En tant que spectateur, on est aussi sous l'emprise de cette mère prédatrice, grâce à une actrice fascinante, Michele Burgers. Avec le physique ascétique et la présence magnétique d'une Charlotte Rampling, elle bouffe l'écran et hypnotise à chaque image.

La musique faite de cordes dissonantes est remarquablement anxiogène et est pour beaucoup dans l'atmosphère cauchemardesque du film.

Je ne mets pas une note plus haute, car le film reste une épreuve difficile à passer. J'ai parfois eu l'impression d'être à la place de la fille, harnachée sur sa chaise pour l'empêcher de dormir. ^^ Mais je n'ai pas dormi !

Mairrresse
7
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le 24 août 2025

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Maîrrresse

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