Au début des années 70, Clint Eastwood jouit d’une image pour le moins ambivalente. Après avoir joué les pistoleros mutiques et individualistes chez Leone, l'homme, de retour aux Amériques, est dorénavant perçu comme le flic réac et misogyne de « Dirty Harry » qui, soit dit en passant, est un film autrement plus intéressant et complexe que n'ont su le percevoir des critiques bien mal avisés à l'époque. Toujours est-il que l'image d'Eastwood est alors à contre-courant des mouvements contestataires et modernistes qui sévissent alors dans le pays de l'oncle Sam. Tant et si bien que la sortie de « Breezy » en 1973 est à marquer d'une pierre blanche. Le film raconte avec une élégance et une justesse émotionnelle l'idylle improbable entre une jeune hippie et un homme âgé dont la carrière et le statut social n'est plus à prouver. Le film met en scène de manière bien avisée le dialogue entre deux Amériques que tout oppose en apparence, mais qui parviennent, grâce à la force et l'intelligence du cinéaste, à dialoguer de manière féconde. Car oui, « Breezy » tient moins du traité sociologique que d'une volonté hautement humaniste et toute fordienne de mettre en scène les trajectoires de deux êtres fondamentalement seuls qui, au gré des hasards du destin, trouvèrent en l'autre avec un grand A, une forme de rédemption longtemps attendue.