Pour mon deuxième film de mon cycle westernien 2026, j’ai eu affaire à un W américain original et épuré.
Si Joseph Losey (« Haines », « The servant », « Monsieur Klein »...) fût un temps approché pour réaliser « Bronco Apache », il s’agit du troisième long-métrage du réalisateur Robert Aldrich (« En quatrième vitesse », « Attaque ») où Burt Lancaster se fait ici coproducteur.
Synopsis : un guerrier apache ne voulant se soumettre à l’autorité des blancs, il s’enfuit lors du transfert en train vers la Floride pour reconquérir son territoire et rebâtir la vie des apaches d’antan… .
Ce western prend racine dès la capitulation de Geronimo durant les Guerres indiennes : un postulat qui a du sens et qui nous aide à se sentir près des indiens qui veulent leur revanche sur ceux qui sont morts au combat.
D’où un scénario de James R. Webb (oscarisé en 1964 pour « La conquête de l’ouest », il signa pour Robert Aldrich « Vera cruz », il est aussi l’auteur de la première version cinéma des « Nerfs à vif » -de Jack Lee Thompson- ainsi que de la deuxième -celle de Scorsese-) très bien écrit qui nous maintient sans arrêt sur le qui-vive. C’est une histoire qui se profile bien, sans temps mort. Le récit est bien amené mais emberlificoté en une écriture filmique assez classique et beaucoup trop lisse. Ce n’est pas si grave car l’on suit avec aisance cette histoire musclée mais calibrée. Vive les apaches !
Au niveau du casting, du côté des indiens, c’est un Burt Lancaster (quatre collaborations avec Aldrich : « Bronco apache », « Vera cruz », « Fureur apache » et « L’ultimatum des trois mercenaires », également reconnu par la profession pour avoir joué dans des grands classiques : « Règlements de comptes à OK Corral », « Le guépard », « 1900 »...) impeccable et hautement charismatique dans la peau de ce dernier apache se battant contre les blancs. Lancaster campe un indien fort en gueule, intrépide et valeureux : il est un cavalier solitaire fougueux bravant l’autorité. Il épouse la caméra d’Aldrich (second puis assistant-réalisateur pour Dmytryk, Milestone, Losey, Chaplin…) qui se met à hauteur de cet indien récalcitrant afin de donner l’envergure d’un western pro-indien, dans la même veine des Anthony Mann et Delmer Daves. Une interprétation sans faille, vaille que vaille. Excellent !, Burt l’apache.
Avec également Jean Peters (si Henry King lance sa carrière avec « Capitaine de Castille », « Le port de la drogue » de Samuel Fuller, « Viva Zapata » de Kazan, « Niagara » avec Monroe et « La lance brisée » de Dmytryk resteront ses films les plus connus) dans un rôle oubliable mais qui permet à Lancaster de se transformer en un indien finalement respectable. Merci Jean !
Notons également Charles Bronson (qu’on ne présente plus -!- et qui joua quatre fois avec le réalisateur du « Vol du Phénix » -« Vera cruz », « Bronco apache », « Quatre du Texas » et « Les douze salopards »-, il fut découvert par Hathaway sur « La marine est dans le lac ») ici crédité Charles Buchinsky au générique.
Du côté des blancs, Walter Sande (vu dans « Le port de l’angoisse », « Le dahlia bleu » de George Marshall, « Un homme est passé » et « Le dernier train de Gun Hill » -tous les deux de Sturges- notamment) est assez effacé face à un John McIntire (second couteau habituel des 50’s et 60’s : « Quand la ville dort » de John Huston, « Convoi de femmes » de Wellman, « Je suis un aventurier » d’Anthony Mann, « Coup de fouet en retour » de Sturges, « Psychose », la série « La grande caravane ») assez étoffé grâce peut être à sa barbe et à sa carrure d’homme marqué par la guerre. Un McIntire solide qui relève haut la main son duel avec Lancaster.
Un beau casting donc qui mérite ...tous les apaches !
Ensuite, la musique de David Raksin (compositeur sur « Frontier marshal », « Ambre » d’Otto Preminger, « Tables séparées » -avec Rita Hayworth-) n’en fait pas des tonnes, se fait discrète même et embrase le combat de l’apache Lancaster.
Une composition somme et qui sonne agréablement bien durant l’heure et demie.
Si l’on parle de la mise en scène, elle se fait classique et est brute de décoffrage.
Davantage utilisée pour les corps-à-corps, gunfights et fusillades en un montage certes saccadé mais qui a lancé un style certain chez d’autres réalisateurs (Leone, Deray, Tarantino et John Woo pour ne citer qu’eux), la mise en scène mise tout sur le défourraillage mais elle fait surtout aujourd’hui très vieillie.
Le metteur en scène du film de guerre « Les douze salopards » a sans doute lancé une mode avant l’heure, le réalisateur de « Vera cruz » et du « Grand couteau » s’est fait l’avant-gardiste du western méditerranéen lancé en 1964 par Leone, et peut sans aucun doute se targuer d’avoir réalisé avec « Bronco apache » l’un des meilleurs western des années 1950 par la roublardise de sa mise en scène en la mettant au service des indiens tués par les blancs, Aldrich signant ainsi un réquisitoire politique et subversif pro-indien (contre le génocide de ce peuple) et de pointer le maccarthysme dans toute sa splendeur (dans la dénonciation de l’apache, dernier renégat de son espèce, à lui destituer femme, enfant et patrie).
En conclusion, « Bronco Apache »(1954), sous couvert de ce western sympathique pour un petit chef d’œuvre d’antan à découvrir pour les plus aguerris, peut se targuer d’être un manifeste politique anti-maccarthysque et donc un film précurseur de son auteur Robert Aldrich (« Alerte à Singapour », « Feuilles d’automne »).
Spectateurs, apache un jour, apache toujours !