Le vaisseau spatial d'un jeune alien noir poursuivi par des chasseurs de primes de sa planète d'origine s'écrase une nuit dans l'Hudson River à New-York. Il trouve refuge au cœur du quartier de Harlem où les habitants à défaut de pouvoir communiquer avec eux, lui ressemblent physiquement à l'exception notable, mais dont le scénario ne fera jamais rien, de pieds formés de trois gros orteils. Doué de capacités surnaturelles lui permettant de soigner par imposition des mains ou de réparer les appareils électriques, on le suit dans ce New-York fantasmé des années 80.
John Sayles prend ici la casquette de réalisateur et de scénariste, est un nom qui ne compte pas parmi les plus connus d'Hollywood, mais en se penchant sur sa filmographie, on s'aperçoit qu'il est un véritable touche à tout, un artisan qui selon les projets occupera les postes de réalisateur, de scénariste, de monteur, d'acteur et même de créateur de séries. Projets qui ont souvent en commun un propos social fort "The Brother from Another Planet" ne fait pas exception.
Abordant les thématiques du racisme, de l'isolement, de la différence ou encore de la pauvreté le film malheureusement ne parvient jamais à se départir d'une accumulation de clichés qui à défaut d'y apporter un regard objectif finissent même par leur être néfastes. Ainsi on n'échappe pas au jeune noir toxicomane, ou aux deux blancs égarés dans Harlem qui pétris de leurs idées reçues vont maladroitement se justifier comme tout sauf racistes - on n'est pas racistes on adore le blues - ces caricatures de situations auraient pu amener le film vers une inversion des stigmates passionnante, mais ne dépassent jamais le statut d'éléments à cocher sur une liste exhaustive de qui on va pouvoir croiser en cet endroit et à cette époque si l'on en croit les habitants des autres quartiers de la grosse pomme.
Toutefois le film dont on sent un flagrant manque de moyens parvient à compenser cela grâce à des idées toutes simples de mise en scène et de direction d'acteurs, qui parviennent à nous faire ressentir et comprendre des choses qu'on peut considérer comme de la science-fiction avec beaucoup de subtilité et de finesse. Le film est également très poétique et bien photographié, ce qui équilibre un rythme parfois lent, parfois bancal et qui me fait soupçonner mais sans preuves autres que mon incroyable flair de montagnard pyrénéen, des soucis de montage liés à des coupes dans la production dictées par les restrictions économiques.
J'aurais aimé être plus enthousiaste et plus clément avec ce film curieux au synopsis de départ plus qu'excitant, mais ses trop grandes faiblesses et la lassitude palpable qui s'est emparée de moi durant son visionnage m'empêchent de lui concéder la moyenne, sans toutefois vous déconseiller formellement d'y jeter un œil.