Je vous préviens comme j'analyse l'histoire, je spoile nécessairement.
Kiefer Sutherland a une importante carrière, dont acte. Cependant je ne peux m'empêcher de penser à son papa Donald. Pour moi, quoiqu'il n'ait pas joué que dans des chefs d’œuvre (je me souviens d'avoir vu S*P*Y*S à sa sortie...) Donald était un acteur capable de jubiler en foutant la merde, un Frank Zappa du cinéma qui, tout en figurant dans des films de guerre, s'était opposé à la guerre au Vietnam. Donc respect générationnel et souvenirs ! Pour moi, Kiefer, qui au demeurant joue correctement, malgré son engagement politique quelque peu progressiste, fait un peu fadasse.
Le film commence en Syrie avec une scène de guerre où des soldats américains sont engagés. L'année n'est pas précisée. D'après Wikipedia, en 2019, il restait très peu de forces spéciales US sur place. Apparemment ils ne se battent pas contre des réguliers de Bachar El-Assad, mais contre des gens de l'EI. OK, on est en 2017 au plus tard.
On peut critiquer l'interventionnisme américain mais là, c'était plutôt un juste combat, vu l'utilisation d'armes chimiques par l'adversaire.
Est-ce que les auteurs ironisent et suggèrent une critique en évoquant la proximité de puits de pétrole ? Produit qui suscite une convoitise carbonée. Marrant ce second degré.
En pratique, ça a l'air tourné dans une carrière comme n'importe quel nanard. Pour crédibiliser le champ de pétrole, ils ont ajouté des chevalets de pompage en CGI. L'idée farfelue c'est d'en avoir mis un au sommet de la colline (on le voit à 2mn dans un pano), je savais pas qu'il y avait des nappes de pétrole en hauteur...
Kiefer incarne un senior gradé, paternaliste et autoritaire mais humain avec ses subordonnés. Et héroïque. Il est blessé à la jambe. De retour au camp, il se recoud lui même comme on reprise les chaussettes. Un homme, un vrai.
Pendant ce temps, les petits jeunes qui sont sous ses ordres se détendent en disant des conneries. Les auteurs sont inclusifs. Nous avons un Noir, un Amérindien (il y a 50 ans la prod lui aurait mis une perruque longue et un bandeau), un descendant de migrants européens et un Mexicain. A l'occasion d'une embrouille pour de rire, l'un embrasse l'autre sur la bouche. Oui, c'est inclusif.
Bonne nouvelle ! Sur place, le Mexicain reçoit la nationalité américaine du fait de son héroïsme. La demande était soutenue par sa hiérarchie. Bien ! Je ne vais pas aborder les sujets qui fâchent mais on peut se demander si notre pays a toujours reconnu l'engagement de ceux qui se sont battus à ses côtés. Donc l'Oncle Sam, lui, sait être reconnaissant, enfin, dans le film.
D'ailleurs on retrouve l'ironie déjà citée. Kiefer commente : Tu vois, de temps en temps ça marche ! Oui, vraiment, on est dans un film de « gôche ». C'est à dire démocrate, là bas.
Moi aussi je ferais bien du mauvais esprit : si, quant on est Mexicain, pour pouvoir bosser aux USA, il faut d'abord risquer se peau et tuer des barbus, c'est lourd !
Et on a la photo de la belle bande de copains. Écoutez, ça pète pas loin mais c'est sympa.
Mais on tient l'élément déclencheur : du fait de sa double nationalité notre Mexicain va pouvoir se marier puis migrer. Il invite toute la bande au mariage, chez lui, au Mexique.
Fin du film de guerre. Moment de calme (avant la tempête puisque c'est un film d'action). Je ne suis jamais allé au Mexique et j'ai certes vu des endroits very far away from nowhere même en Europe. Mais le village mexicain et ses villageois, en particulier le père de la mariée, me semblent issu d'un western de Peckinpah. C'est pas très réaliste à notre époque mais pourquoi pas, ça fait citation.
Vous l'avez deviné, ça va tourner au film de cartel. Pendant que le mariage se déroule aussi simplement qu'agréablement, des narcos massacrent la famille d'une hacienda voisine qui avait eu la mauvaise idée de se mettre à la culture du pavot. Scène déjà vue dans plusieurs films du genre mais qui permet de saisir à quel point les méchants sont méchants.
Bon, maintenant il faut que le cartel et le mariage se rencontrent. « Comment faire ? » se dit le scénariste. Vous connaissez le coup du chef de la mafia qui a un fils qui voudrait être à la hauteur de papa mais qui ne l'est pas et fait des conneries ? Comme dans le premier John Wick. Et bien là, c'est le petit frère du jefe. Ce jeune abruti, qui était en vadrouille avec son garde du corps, se pointe au mariage et provoque. Il est vidé, le prend mal et tire. Nous avons le sincère regret de voir mourir le jeune marié. Alors nos héros réagissent en soldats et les deux méchants y laissent leur peau.
La fête est finie ! Nos Américains n'ont qu'une solution : faire disparaître les cadavres et décamper afin que la colère du cartel ne s'abatte pas sur le village. Malheureusement ils rencontrent une équipe adverse qui cherchait le petit frère. Quoiqu'ils ne soient pas en service, les hommes se placent spontanément sous l'autorité de Kiefer qui a une idée de génie tout à son honneur : les méchants, il va les attirer. Nous avons le droit à une provocation de cour de récréation: « Vous êtes vraiment des gros lâches ! »
Ça finit dans le sang. Y compris pour un de nos héros qui prend une balle dans la poitrine mais le médecin du village l'opérera bien vite et après il gambadera comme un lapin.
Un survivant va cafarder. Le jefe découvre le massacre de ses sbires et le corps de son frère. L'acteur joue alors une intense douleur morale dans une tirade qui, si elle avait été écrite en alexandrins, pourrait servir d'examen d'entrée au conservatoire.
Toujours est-il que c'est grillé, le village est repéré, il va falloir le défendre. Ça y est, j'ai compris ! C'est pour cela que ça faisait western, c'est Les sept mercenaires ! Effectivement, cela continue ainsi. Généralement dans ce genre de situation on reprend le modèle médiéval : douves, fortifications, meurtrières et mâchicoulis, mais adapté aux moyens du bord. Bref on bricole des barricades et des pièges. Mais là ils sont pris par le temps, ils se contentent de mettre le feu à un ballot de paille. Je n'ai pas compris à quoi ça sert.
Kiefer le stratège diagnostique la situation : dans le village il n'y a qu'une entrée et une sortie, ce qui ne m'avait pas sauté aux yeux, merci de me l'apprendre. Il positionne ses hommes et a une idée de génie : les méchants, il va les attirer (bis). Les narcos arrivent et comme des idiots se répartissent sur la place pour se faire tirer comme des lapins. Kiefer fait sa provoc : « C'est moi que tu cherches ? » et c'est parti, PAN ! PAN ! Pour en rajouter une couche, sous le feu des armes, il y a une école bondée d'enfants, car la jeune mariée est institutrice. La belle institutrice, ça aussi ça fait western. Il y a des combats qui utilisent un peu les méandres du village, comme dans Ballerina mais c'est moins pittoresque qu'en Autriche. Le positionnement de la troupe proposé par Kiefer n'était pas très malin car un de ses potes est piégé à mort dans le clocher. Comme dans Les sept mercenaires ou dans la Horde sauvage, si les méchants sont vaincus, certains de nos héros perdent la vie. Il ne reste que les deux descendant de migrants européens. On les regrette mais pas assez car leurs personnalités n'ont pas été suffisamment développées pour que l'on s'attache. Plus tard, le générique fin nous confirmera la référence western avec un titrage à l'ancienne.
Un épilogue en deux mouvements et vous êtes libres. Primo, retour au film de cartel, un représentant du gouvernement US rend visite à nos deux héros survivants et leur tient à peu près ce langage :
- la police mexicaine veut s'accaparer le mérite de l'élimination du cartel.
- pour cela il faut qu'ils fassent des aveux signés.
- sinon il les tuera lui-même.
- après ils seront libres mais il se réserve de faire appel à leurs services.
Ça n'a aucun sens. Mais j'ai compris, ils ont voulu refaire l'épilogue de Sicario dans lequel le procureur oblige la policière, sous menace de mort, à signer un document attestant que tout s'est passé conformément à la loi. On nous dit rien, on nous cache tout !
Secundo, l'institutrice, veuve et enceinte, n'en veut pas du tout aux Américains. Elle ne trouve pas qu'ils ont porté la poisse et ont causé la mort de l'homme de sa vie mais pense qu'ils ont sauvé le village. Comme quoi, rien n'a changé depuis La horde sauvage : il y a deux genre de Mexicains, ceux qui aiment les gringos et les autres.
En conclusion, d'une part il y a aux USA des gens qui vivent grassement en écrivant des histoires aussi fumeuses et pompées que cela. D'autre part, voici un film soit disant « de gauche » dans l'esprit, supposé se passer en 2017. Mais, sorti en 2026, sa morale tombe à point pour justifier les actuelles interventions militaires de Donald en Amérique du Sud. Mais attention ! Pas le même Donald qu'au début de ce texte !