Billy Brown est un garçon farouche. Ce n'est pas un voyou mais il ne sait pas trop quoi faire de ses émotions. Il sort à l'instant de prison après avoir purgé une peine de cinq ans à la place du vrai coupable. Il cherchera à se venger. Dehors, il fait froid, ses bottines rouges enluminent la neige et il a envie de pisser.

Voilà pour commencer ce petit classique du ciné indé américain. Ce n'est pas encore grand-chose mais Billy va rapidement croiser la route de Layla et la forcer à le suivre pour la présenter à ses parents. C'est ainsi, Layla n'a pas le choix, elle devra jouer le rôle de sa femme ; Billy sait se montrer menaçant. Mais ce que Billy ne sait pas encore, c'est qu'il vient de rencontrer un ange tout prêt à lui offrir la pureté de son cœur.


Gallo se lance ici dans une histoire d'amour cabossée portée par des situations grotesques, des ambiances un peu glauques, de la grisaille et un personnage principal constamment sous tension, violent, colérique et souvent détestable. À sa rudesse sera toujours opposée la patience et la douceur de Layla. C'est la rencontre du feu et de la glace mais aussi le moyen, dans un premier temps, de rendre cette nervosité permanente plus digeste pour le spectateur. Jusqu'à ce que Billy, parfait avatar de Gallo, ne se laisse porter malgré lui par un courant plus introspectif.

Buffalo'66, c'est surtout l'Amérique profonde aux portes de New-York, des paumés, une grosse part de détresse sentimentale et un retour permanent à l'enfance, rappel à l'origine de toutes les failles. Toujours, Gallo revient à ces parents défaillants, indifférents, tout juste présents, au premier amour qui a à peine existé, aux souvenirs qui portent leurs propres déceptions. C'est la fuite en avant d'un animal sauvage qui refuse d'être touché, d'un animal trop seul pour continuer à ne pas savoir aimer.

Gallo ne cherche pas à séduire, il rabroue même, brutalise, se maltraite à l'occasion mais sans jamais se départir d'une étonnante sorte de candeur, au moins d'infaillible sincérité. Avec ses inserts poétiques astucieux, sa réalisation intime et sa pudeur, son insécurité touche et peut alors se décrisper, prendre les contours d'un début de sérénité.

Sachenka
7
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le 27 sept. 2025

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