"Bullhead" est avant tout la révélation de deux diamants bruts. D'un côté, le belge Michael R. Roskam, qui fait preuve d'une maîtrise étonnante pour un premier film, digérant parfaitement ses influences. De l'autre, Matthias Schoennaerts, comédien tout juste aperçu dans "La meute" et "Black book", aussi impressionnant physiquement qu'émotionnellement dans son rôle de colosse aussi touchant qu'effrayant, créature de Frankenstein des temps modernes shootée à la testostérone.
"Bullhead" est une première oeuvre qui vous attrape à la gorge pour ne plus vous lâcher, uppercut dirigé tout droit vers le coeur suivit d'une puissante gauche à l'estomac, vous laissant complètement groguis à la fin de la projection. "Bullhead" est un mélange des genres parfaitement dosé, convoquant aussi bien le cinéma de James Gray que celui des frères Coen. Du premier, on retrouve ici la noirceur, le sens de la tragédie, cette douloureuse impression que tout est déjà joué d'avance, que les personnages ne font que lancer une poignée de dés pipés. Des seconds, le cinéaste emprunte cet humour noir si particulier, ces personnages si hauts en couleur, ces ruptures de ton aussi casse-gueules que jouissives.
"Bullhead" est la promesse d'un cinéma qui a de la gueule, un cinéma qui a du coeur, un cinéma qui marque les esprits, un film noir comme l'ébène, bouleversant et décalé, violent et à se tordre de rire, hanté de toute part par la présence massive de son héros.