De Steve McQueen je ne connaissais que son rôle de Josh Randall, l'un des personnages d'une des séries faisant partie du paysage audiovisuel de mon enfance. Non pas que j'ignore sa filmographie, mais voyez vous je suis un incorrigible inculte d'une trentaine d'années qui essaie tant bien que mal de pallier à ses lacunes cinématographiques, tout en combattant —à tort je m'en rends chaque fois compte— un a priori fort handicapant concernant les films datant d'une certaine époque.
Vaut mieux tard que jamais, hein.
Alors pour revenir à Bullitt, je vais me contenter de parler de ce qui m'a le plus marqué.
D'abord un générique; ce générique groovy et tendu comme un string servi par des mouvements de caméra et une musique à se tortiller les fesses tellement la scène, courte et intrigante, est jouissive. Ça fleure bon les seventies racées d'entrée de jeu et annonce les prémices d'un film maitrisé, efficace, direct, et dont la direction artistique tiendra la route jusqu'au bout.
Ensuite le calme; la succession de dialogues sobres et crédibles servis par des acteurs mis sur le droit chemin et qui maintiennent le cap, dirigés, impliqués et insufflant de la substance à leur rôle. Tout ça ne serait rien sans une intrigue épurée sans être simpliste, débarrassée de fioritures et de sophistication inutile. Yates embrasse ces éléments dans une image impeccable de bout en bout, sachant jongler entre le réalisme quasi documentaire (la scène après la fusillade du motel, l'opération aux urgences, l'aéroport...) et le dynamisme cinématographique travaillé (travellings, poursuite à l'hôpital, la fameuse scène avec la Mustang...).
Le résultat donne un film aussi couillu et franc qu'implicitement tendu et menaçant, aux climax fulgurants malgré quelques touches timides de légèreté —ironiques ?— que le scénario et la mise en scène nous offrent ponctuellement.
Inutile de préciser que McQueen, tête de constipé taciturne à l'autorité naturelle, est absolument impeccable, et que Robert Vaughn en politicard vindicatif lui tient honorablement la chandelle. Inutile de préciser que ça fait toujours plaisir de voir Duvall jeune, malgré un rôle presque anecdotique, faire office d'autre chose que de la figure paternelle de service que le cinéma récent semble lui réserver de façon systématique.
Mais pour finir, il me semble difficile de parler de Bullitt sans mentionner l'habillage sonore ABSOLUMENT stupéfiant et remarquable dont il bénéficie.
Une grande partie de la réussite du film et de l'efficacité du travail d'ambiance et du rendu de tension psychologique repose sur la gestion de la musique et du bruitage. Si la première se fait rare, légère, et ponctuelle c'est pour mieux faire ressortir par contraste l'incroyable présence et importance du deuxième pour souligner réalisme, crédibilité et suspens dans toutes les scènes où les personnages voient leurs vies ou destins sur le fil du rasoir.
Cet aspect du film est vraiment marquant, et nul doute qu'un second visionnage confirmerait mon impression. Il est d'ailleurs plutôt surprenant d'apprendre que seul le montage fut récompensé concernant la partie technique du métrage.
Le film de Yates, malgré son âge, fait preuve d'une grand maitrise et de beaucoup de modernité dans sa mise en scène et son découpage. Rajoutez à ça une direction artistique cohérente et réfléchie, une direction d'acteurs au service de la caméra et un scénario bien plus captivant et intelligent que 90% des pseudos thriller cérébraux actuels tout en restant accessible et efficace et vous vous demanderez comme moi pourquoi vous avez attendu aussi longtemps pour le voir.
Vaut mieux tard que jamais, hein.