Pour son sixième film, Lee Chang Dong, qui a également eu une grande carrière d'écrivain, adapte le roman d'Haruki Murakami. Point de départ de l'intrigue : Jongsu retrouve, par hasard, Haemi, une amie d'enfance. Entre eux se noue une brève relation amoureuse avant qu'elle ne parte en Afrique. Dans cette chronique sentimentale atypique, on est vite fasciné par ce protagoniste au visage anguleux et ahuri (campé magnifiquement par Yoo Ah Hin). Face à lui, une femme qu'il convoite secrètement et un autre homme à qui tout semble l'opposer : lui, humble, terrien, un peu fruste tandis que l'autre est riche, élégant, plein d'assurance. Constamment ambigu, le récit fait naitre une étrange et impalpable tension - la condamnation de son père, la disparition de la jeune fille, la rivalité avec un homme plus brillant - donnant l'impression de quelque chose d'irrésistible est en sommeil, comme une sourde humiliation. Tout cela est filmé de manière douce et limpide : Lee Chang Dong privilégie de longues scènes atmosphériques et réduit les dialogues au maximum. On a beaucoup loué la remarquable scène de danse au couchant. Elle est souvent citée, à juste titre, mais le film compte beaucoup de superbes séquences silencieuses qu'il faut découvrir. Un film d'une sombre beauté.