Les bons films de Nicolas Cage sont des bêtes rares – même s’ils repeuplent lentement le paysage cinématographique américain. Aussi, ai-je réduit mon horizon d’attentes concernant Butcher’s Crossing à son alléchante miniature Amazon Prime Video : un Nicolas Cage chauve et barbu, le regard sombre et les épaules couvertes d’une épaisse peau d’animal où perlent quelques flocons blancs.
Adaptation du roman éponyme de John E. Williams, Butcher’s Crossing suit un étudiant traquant un idéal de pureté aux côtés d’un Achab de la chasse au bison (Nic Cage). Le film narre la transformation d’un jeune homme éduqué qui, bercé par les images d’Épinal de l’ouest sauvage, se confronte désormais à sa réalité : l’isolement, la rigueur du quotidien, l’hostilité de la météo, l’avidité humaine, la survie.
La force de ce western existentiel est de ne pas jouer la carte de l’inadaptation d’un jeune idéaliste à la nature sauvage, mais celle de l’odyssée intérieure à laquelle le compositeur Leo Birenberg apporte de beaux accents folk et chamaniques. En dépit des modestes moyens à sa disposition, et malgré un travail photographique assez anecdotique, le réalisateur Gabe Polsky tire ici une certaine ampleur de ses paysages. Le rythme de son film y est agréablement hypnotique. Et Nicolas Cage nous offre une interprétation habitée et étonnamment sage, laissant ainsi le champ libre à ses partenaires de jeu - particulièrement Xander Berkeley et Jeremy Bobb, tous deux excellents.
A travers ce récit initiatique, Butcher’s Crossing révèle également les conditions ayant présidé, entre 1860 et 1880, à la quasi extinction des bisons sur le territoire des États-Unis. La forte valeur marchande de leur peau et les rêves de réussite économique des trappeurs ont en effet conduit au massacre de près de 50 millions de bisons, portant alors le nombre d’individus à... 325 ! L’épilogue fait d’ailleurs assez justement ressentir l’absurdité de cette délirante course au profit, sans toutefois assener de discours moralisateur au spectateur.
C’est sur cette note amère que se clôt ce beau western mélancolique et désenchanté.