Vers la fin du 19e Siècle,Larry Stevens est un jeune journaliste travaillant pour l'Evening News,un quotidien d'information.Le vieil archiviste du journal devient très étrange et se met à lui fournir chaque soir un exemplaire du journal du lendemain.Larry,fort de cette longueur d'avance,en profite pour multiplier les scoops et devenir une star de la presse,jusqu'au jour où le quotidien annonce sa mort pour le lendemain.René Clair fut un des réalisateurs les plus en vue du cinéma français des années 30,alignant des succès comme "Sous les toits de Paris","Le million","A nous la liberté" ou "Quatorze juillet" avant de partir tourner deux films en Angleterre en 35 et 37,puis de s'exiler aux Etats-Unis durant la Seconde Guerre Mondiale.Il y fera quatre films entre 40 et 45,dont "C'est arrivé demain",et reviendra ensuite en France pour y finir sa carrière,donnant alors quelques classiques comme "Le silence est d'or","La beauté du Diable" ou "Les grandes manoeuvres".Beaucoup de ses films ont mal vieilli,mais pas "It happens tomorrow",stupéfiant de modernité,qui est sa meilleure oeuvre.Il y développe une mise en scène élégante,fluide et dynamique,où l'action court non-stop sans jamais tomber dans le défaut de la précipitation.L'histoire rebondit sans cesse au fil d'un scénario suprêmement habile,cosigné par Clair et Dudley Nichols,qui parvient à mêler adroitement humour subtil,romance contrariée,thriller tonique et fantastique poétique.Le cinéaste accomplit sans faillir ce petit miracle d'équilibre qu'il imprime de sa patte unique.D'abord réjoui de sa bonne fortune,Larry doit déchanter quand il se trouve pris dans une série de situations inextricables que le script démêle à chaque fois astucieusement au dernier moment,de sorte que le spectateur est toujours tenu en haleine,hésitant à croire que ce qui est prévu ,puisque c'est imprimé noir sur blanc,va réellement arriver alors que les événements semblent vouloir dévier de la trajectoire attendue.Mais la tragédie reste légère tant l'ironie s'invite en permanence pour désarçonner encore ce pauvre Larry.Car le garçon est tombé amoureux de la belle Sylvia,qui exécute un numéro de voyance dans un cabaret avec son oncle,l'illusionniste Cigolini.Sauf qu'il s'agit d'une arnaque car ces artistes ne prévoient rien du tout,contrairement à Stevens avec ses journaux du lendemain.Lorsque ce dernier voit sa mort annoncée pour le jour suivant,il panique à l'idée de perdre tout ce qu'il vient de conquérir,sa jolie fiancée et sa gloire professionnelle.In fine,tout se clora sur une sympathique morale stipulant qu'il est inutile de tricher car ce qui doit survenir adviendra de toute façon et que la réussite matérielle n'est pas ce qui importe le plus dans la vie.Clair emballe tout ça avec classe,sa caméra enchaînant les plans avec une virtuosité infaillible,notamment dans les scènes de poursuite,la dernière se finissant sur le toit de l'hôtel,avec les protagonistes qui se battent derrière la grande enseigne,étant un modèle du genre.La photo est signée du grand Eugen Schüfftan,magicien du noir et blanc oscarisé en 61 pour "L'arnaqueur",tandis que la musique de Robert Stolz habille discrètement mais très efficacement l'ensemble.Le héros est interprété par l'excellent Dick Powell,acteur à la séduction décontractée qui porte à ravir la moustache conquérante et le costard-cravate.Sa dame de coeur est la délicieuse brune Linda Darnell,aussi jolie que bonne comédienne.Jack Oakie,sorte de Francis Blanche d'Outre-Atlantique,parvient à restituer le caractère extraverti et amusant de Cigolini sans en faire trop.Pop Benson,le mystérieux petit vieux pourvoyeur de journaux du lendemain,est brillamment incarné par un très bon John Philliber,qui en exprime toute l'étrangeté.L'acteur,qui meurt dans le film,décèdera bizarrement en cette même année 44.