Dans la famille des traductions de titre pourries, les filles : le premier film adulte de Jodie Foster, qui a fini de se jouer grande ado, et un pari assez osé de confier une histoire fourbie d’émotions à de jeunes actrices. D’ailleurs, Lyne ne nie pas ses inspirations de Bugsy Malone et Saturday Night Fever, des films qui réfléchissaient sur les nouvelles définitions de la jeunesse alors que tous les codes glissaient : les parents sont assez jeunes pour être teintés de baby power et de flower boom, donc ils font de leur mieux pour comprendre leurs enfants, sans y parvenir pourtant.


Sous l’influence de cette génération qui se cherche mais ne se trouve que dans les drogues, l’ambiance du film a des très hauts et des très bas : parfois le casting vibre à l’unisson de ce qu’il transmet, et parfois les notes bien accordées de ce désorde historique se transforment en bruit de fond et l’on a l’impression de râcler le fond rêche de l’œuvre, où les choses se passent un peu nonchalamment et que l’on se surprend à être distrait.


Cette faute est peut-être à chercher dans l’individualité des quatre actrices principales, qu’on détache à l’occasion de leurs liens d’amitié et familiaux pour les lâcher dans un vide auquel, malgré leurs revendications, elles ne sont pas prêtes. Si c’était voulu pour les personnages, ç’aurait été une métaphore de plus, mais j’ai bien parlé les actrices : elles perdent un peu pied parfois, dans ce Los Angeles dont on ne montre du faste que l’aura et les lueurs figées depuis des collines qu’E.T. grimpera deux ans plus tard.


En fait, la réalisation est empruntée à chaque fois que c’est un élément du film qui devrait l’être. Cela n’enlève rien à une montée en puissance discrète et à l’audace scénaristique emmenant les teens jusque sur les routes sombres, peu rassurantes, où rôdent les bandes et les autostoppés creepys. Lyne, sentant qu’il marchait dans les pas de plus grands que lui et jouant sur le terrain même du cinéma, aurait pu se permettre de prendre bien moins de risques. Sa tentative a fonctionné : il a lancé toutes ses interprètes sur de bons rails et se fait une place discrète mais méritée dans le genre des teen movies américains.


Quantième Art

EowynCwper
7
Écrit par

Créée

le 25 oct. 2019

Critique lue 170 fois

Eowyn Cwper

Écrit par

Critique lue 170 fois

1

D'autres avis sur Ça plane, les filles !

Ça plane, les filles !

Ça plane, les filles !

6

FrankyFockers

4032 critiques

Critique de Ça plane, les filles ! par FrankyFockers

Après la grande intégrale Ivory, cet été sera centré sur une intégrale "vacances", consacrée à Adrian Lyne. C'est son dernier film excellent qui m'a donné envie de me replonger dans une oeuvre...

le 31 juil. 2022

Ça plane, les filles !

Ça plane, les filles !

8

AurélienBoucher

3420 critiques

Critique de Ça plane, les filles ! par Aurélien Boucher

Un groupe d'amis venu de l'âge dans le désert d'asphalte de la vallée de San Fernando d'une bande son flamboyant et de boire sans fin, la drogue et le sexe. CA PLANE, LES FILLES ! est un très bon...

le 8 déc. 2021

Ça plane, les filles !

Ça plane, les filles !

6

RENGER

4685 critiques

Un drame social d’une rare justesse, mettant si bien en lumière le passage à l’âge adulte.

Premier long-métrage d’Adrian Lyne, mondialement connu pour son Flashdance (1983) et dans un tout autre registre, L'échelle de Jacob (1990). Avec Ça plane, les filles ! (1980), titre ridicule au...

le 11 déc. 2020

Du même critique

La Forêt sombre

La Forêt sombre

3

EowynCwper

1364 critiques

Critique de La Forêt sombre par Eowyn Cwper

(Pour un maximum d'éléments de contexte, voyez ma critique du premier tome.) Liu Cixin signe une ouverture qui a du mal à renouer avec son style, ce qui est le premier signe avant-coureur d'une...

le 16 juil. 2018

Ne coupez pas !

Ne coupez pas !

10

EowynCwper

1364 critiques

Du pur génie, un cours de cinéma drôle et magnifique

Quand on m’a contacté pour me proposer de voir le film en avant-première, je suis parti avec de gros préjugés : je ne suis pas un grand fan du cinéma japonais, et encore moins de films d’horreur. En...

le 26 oct. 2018

Cargo 200

Cargo 200

7

EowynCwper

1364 critiques

Se mettre la Russie ado

Le Cargo 200, c'est le cercueil rapatrié d'un militaire soviétique tombé en Afghanistan. Balabanov montre le conflit comme un drame ignoré de tous, mais ce n'est finalement ni plus ni moins que la...

le 17 oct. 2020