Sangria frappée et ses séquelles
Cabin Fever d'Eli Roth était un film étrange naviguant entre le gore le plus craspec, le décalage surréaliste à la Lynch, l'humour noir et la plus cruelle des peintures de l'âme humaine. S'il n'était pas un chef d'œuvre il avait su convaincre les fans du genre et était devenu un petit classique de la série B.
Sa séquelle Cabin Fever 2 : Spring Fever reprend plus ou moins tous ces aspects à des degrés divers et en rajoute une grosse couche sur un autre genre, le teen movie regressif pipi, caca, foutre, prout et vomi quelque part entre Porky's, American Pie ou Police Academy...
On ne peut pas vraiment dire que cela soir l'aspect le plus réussi de cette péloche, à moins d'avoir 13 ans, cela va sans dire...
Ti West que l'on a connu plus en forme et inspiré semble vouloir mettre un sérieux accent sur le gore vomitif et un humour plus scato que réellement noir. Il a beaucoup de mal à y intégrer le décalage onirique du film d'origine et chacune des scènes avec le policier s'incorpore même assez mal à la sauce... Quand à la noirceur du propos sur la nature humaine, il est noyé sous une gerbe de sangria à l'urine (littéralement !) qui la rend peu perceptible.
Comme à son habitude, Ti West, en bon geek, nous refait le coup de la citation permanente, avec ici en ligne de mire l'univers barré de Troma et de Lloyd Kaufman, sans doute un oeil sur Braindead de Peter Jackson mais aussi une amusante et longue citation de Carrie de Brian De Palma et l'introduction d'un cartoon trash plutôt original et amusant qui constituent sans doute le meilleur du film.
Reste que l'on peine à retrouver ici ce qui faisait le plaisir de Cabin Fever et surtout ce qu'on aimait jusqu'alors dans les films de Ti West: une mise en scène tenue et créative et un hommage respectueux à ses grands maîtres.
Brian De Palma a démarré comme ça, ne l'oublions pas...
Cabin fever 2 n'est sans doute qu'une pause régressive dans la carrière du jeune cinéaste - on sait d'ailleurs qu'il a depuis renié le film - et heureusement ses films suivants The House of the devil, The Innkeepers et The Sacrament prouvent que Ti West est revenu largement ragaillardi de ce break pipicaca et qu'il ait de nouveau opté pour ce qui lui sied le mieux: une mise en scène tenue, des dialogues et des personnages bien écrits et une tension dramatique constante dans la plus grande sobriété.
Ce Cabin Fever 2: Spring Fever ne restera sans doute dans sa filmographie qu'un film de commande plutôt raté mais pas antipathique, une erreur de jeunesse, en somme...
Pardonnable... Il suffit de revoir Piranhas 2: les tueurs volants de James Cameron pour comprendre que l'erreur est humaine, que les cinéastes ont parfois pieds et poings liés et que rien ne les empêche par la suite de se faire un petit nom et une jolie petite carrière.
Je continue donc de croire dans le talent de Ti West.
Et, si le coeur vous en dit: Bon Appétit !!!!