Caché de Michael Haneke nous plonge dans la vie de la famille Laurent, dont le père, Georges, est un célèbre présentateur télé. Son quotidien bascule lorsqu’il commence à recevoir des lettres anonymes violentes et des cassettes filmant sa famille à leur insu dans leurs lieux de vie (maison, travail, école). Très vite, notre protagoniste, incarné par Daniel Auteuil, développe des doutes quant à l’identité de ce stalker, soupçonnant que ces actes relèvent d’une rancune du passé plutôt que d’un lien avec sa célébrité.
Cette mise en scène froide et distante que Haneke nous impose nous place presque dans la peau du stalker. Nous nous immisçons dans la vie privée de la famille Laurent, jusque dans des moments extrêmement intimes, comme des disputes conjugales ou des instants de faiblesse des personnages. Le film ne suscite aucune forme d’empathie pour Georges Laurent : paranoïaque, il dégrade ses relations par des mensonges et des secrets, refuse d’écouter toute autre version que la sienne et blesse les autres jusqu’à un point de non-retour. Le film nous donne même davantage de raisons d’éprouver de l’empathie envers les présumés stalkers, ainsi qu’envers la femme de Georges, Anne, délaissée par son mari alors qu’elle traverse les mêmes épreuves.
Le film est également le témoin de son époque, puisqu’il nous laisse à plusieurs reprises entrevoir des bulletins d’informations télévisées traitant de sujets encore très actuels, comme les massacres de civils palestiniens.
Au final, le film nous laisse dans le doute le plus total quant à la résolution de ces mystères. Tout comme le protagoniste baigne dans l’incertitude, il n’y a aucune raison que nous en sachions davantage que lui.