Ouverture du 69ème festival de Cannes (du 11 au 22 mai 2016) ce mercredi, le nouveau film de Woody Allen inaugure une compétition pleine de mondanités et de vedettes. 51ème long-métrage du réalisateur octogénaire, le film n'en est pas moins d'une grande beauté. Projecteurs sur le film Hors Compétition qui a débuté hier soir les badineries de la Croisette.
Marqué par un ancrage dans la société des années 1930, Cafe Society est une reconstitution de cette société dans laquelle il fallait fréquenter les milieux mondains pour briller. A travers ce décor, Allen nous entraîne dans l'histoire de Bobby, un jeune homme parti à la recherche d'un travail à Hollywood. Très vite, il va tombé amoureux d'une jeune femme (jouée par Kristen Stewart), avec laquelle il va commencer une relation passionnée, dans un Hollywood en plein essor. Le réalisateur réussit avec brio la reconstitution de cet âge d'or des plus grands studios cinématographiques américains, par l'attention certaine aux décors, costumes et véhicules mais aussi par des personnages caractéristiques de cette grande époque (les gros producteurs hollywoodiens face à la misère des rues).
Woody Allen sort un film par an. Parmi sa filmographie, on trouve des pépites, des diamants (Minuit à Paris par exemple), comme des films moyens. Cette fréquence de sortie donne en effet parfois des œuvres de moins bonne qualité, moins travaillées, et cela est dommage. Toutefois, Cafe Society s'aligne dans la lignée des bons Woody Allen, et reste dans le style très caractéristique du cinéaste. En effet, si l'on connait un tant soit peu le travail du réalisateur (Scoop, L'homme irrationnel, Prends l'oseille et tire toi, Annie Hall, etc.), force est de constater que la syntaxe-type est respectée : un générique en noir et blanc avec la même police de caractère depuis les années 1980, le jazz, un brin de poésie, d'amour et d'humour. Voici délivrés les ingrédients d'un Woody Allen. L'élément où l'on retrouve le plus le réalisateur dans ce nouveau film est sans doute sa légèreté : des images simples, légères et bien travaillées, ainsi qu'un scénario qui comporte une belle teneur avec rebondissements et dîners mondains. Mais surtout, il faut remarquer le côté littéraire de ce film, amené par la romance, la mondanité, la poésie. On peut y trouver un air quelque peu marivaudien, sur les tiraillements abyssaux de l'amour...
Ce long-métrage, bien qu'aérien, comporte malgré tout quelques petits défauts, et avant tout celui de reprendre des thèmes déjà étudiés dans les films précédents du même réalisateur : l'amour, la musique, des sujets qu'Allen a utilisés et réutilisés et qui limite le cinéma à des romances – au delà de la beauté de la narration. Un autre point noir également est à souligner, les transitions entre les plans. A plusieurs reprises on peut en effet observer des transitions de faible niveau (comme on en voit dans Star Wars par ailleurs), quasiment amateures. Mais il s'agît d'un défaut mineur, qui n'annihile en rien la qualité du film.
On peut nommer ce film de mondain : on rit un peu, on est diverti, on voit de l'amour et on participe à des soirées mondaines. Cafe Society a ouvert les réjouissances cannoises 2016, ventées comme une édition « glamour », pleine de vedettes de tout horizon, de soirées badinantes et autres cannoiseries. « Tout le monde veut être à Cannes » dirait Thierry Frémaux. Il s'agît donc d'une ouverture digne de Cannes, à la hauteur de ses lumières et de ses étoiles... Aux allures, d'un certain côté, de Minuit à Paris, ce nouveau long-métrage jaillit avec grâce et poésie, mettant excellement en couleur ses trois protagonistes, Jesse Eisenberg, Kristen Stewart et Steve Carell.
Une très belle ouverture dans cette cérémonie qui s'annonce une nouvelle fois pleine de surprises : on attend en particulier Personal Shopper d'Olivier Assayas (lui aussi avec Kristen Stewart), Julieta de Pedro Almodovar, Juste la fin du monde de Xavier Dolan ou encore Ma Loute de Bruno Dumont.