Si S.Ishii s’est réellement dit qu’en brisant des bols remplis de pastilles il reproduirait symboliquement ce qu’il ferait subir au peuple chinois avec ses bactéries… c’est tout de même un peu gros. Un effet de mise en scène presque pastiche, assez ringard, qui donne surtout l’impression d’un symbole forcé. Merci le cinéma d’avoir inventé cette absurdité dramatique.
Je trouve le film globalement plutôt mauvais, incapable de se dépasser lui-même. Sa forme ressemble davantage à un défouloir filmé, presque une accumulation de chocs visuels, comme peuvent l’être Saw ou Destination Finale. La différence étant que, cette fois, les faits évoqués sont terriblement historiques. Et c’est peut-être justement là que le film échoue : en tant que spectateur, je m’attendais à quelque chose de plus cinématographique, de plus construit. Au lieu de cela, on assiste à une succession de plans souvent maladroits qui ne racontent qu’une seule chose : l’horreur brute. Reste à voir ce que donnera la version de 2025. Mais pour l’instant, la déception domine : à vouloir rappeler l’Histoire, le film n’en montre finalement que la surface la plus immédiate, celle de la barbarie, et encore...
Les deux tentatives d’évasion arrivent presque comme un cheveu sur la soupe. Certes, je peux comprendre que scénariser ce genre de sujet ne soit pas simple. Mais j’aurais aimé voir davantage de moments adoptant le point de vue des prisonniers, davantage d’humanité au milieu de l’horreur. Entre ce que l’on espère voir et ce que l’on obtient, il y aura toujours une forme de déception.
Entre Come and See et Man Behind the Sun, il existe un gouffre abyssal — comparaison que je me permets au regard de leurs contextes respectifs. Les deux films montrent des atrocités. Mais là où l’un dépasse l’horreur pour construire une véritable expérience cinématographique et émotionnelle, l’autre semble se contenter de les exposer frontalement.
Il aurait peut-être été plus intéressant de raconter les débuts de S.Ishii : ses nombreux voyages hors du Japon, la naissance progressive de ces expérimentations, les enjeux politiques, le rôle de l’empereur lui-même. Bref, donner un contexte, un développement. Ici, tout commence par un préambule pseudo explicatif… et quelques minutes plus tard, le carnage peut commencer.
Pour dénoncer l’horreur, il ne suffit pas de la filmer. Il faut la rendre humaine. La regarder en face, sans se cacher derrière des pseudo-symboles — du sang sur un drapeau, par exemple — censés fabriquer un memento mori qui, au fond, ne dit plus rien.
On en parle de cette dédicace de fin...
PS : on ne touche pas au chat.
Photographie : 5/10
Jeu d’acteur : 5/10
Ambiance : 4/10
Histoire / scénario : 3,5/10
Décors : 5/10
Montage : 4,5/10
Étalonnage : —/10
Bande son : 4/10