C’est bien joli de faire un film en 1970 en sautant sur les droits d’un livre publié trois ans auparavant, mais pour faire bonne impression, encore fallait-il avoir conscience qu’on vivait une époque extraordinaire, berceau particulier de notre civilisation actuelle. Justement, c’est de cette conscience qu’est pétri Campus à l’époque où Harrison Ford débutait au grand écran, lui-même encore en âge de faire des études.


Pour cela, le film est absurdement dense & rapide : il passe au peigne fin mais à tout-va ce qui détermine la jeunesse au moment où la télévision en couleurs arrive, juste à temps pour montrer à toute la population le rouge du Viet Nâm & des révolutions sociales, mais aussi celui qui monte au visage des responsables, sincères dans leurs convictions conservatistes quand elles affrontent une jeunesse obtuse au compromis ; le vénérable directeur de l’université fait le V de la victoire tandis que les étudiants lèvent le poing.


Un paradoxe qu’on a de la chance de voir illustré en direct & avec la façon de filmer riche & révolutionnaire de Richard Rush, mais qui est aussi la cause de son plus grand défaut : l’acting. J’ai rarement vu un film aussi avant-gardiste, avec tant de recul & des reconstitutions si réalistes de scènes violentes (avec quelques cascades incontrôlées) qui soit tellement surjoué. Le choc des générations se fait sentir là où il est justement ”sensible”, & si Elliott Gould arrive à une relative justesse chez les jeunes la plupart du temps, Candice Bergen est intenable de médiocrité.


Difficile d’imaginer une chose en particulier : le film était-il clair pour les spectateurs de 1970 ? Il faut le voir plusieurs fois aujourd’hui (ou bien passer quelques 30 heures à le sous-titrer) pour à peu près comprendre ce qu’implique le libertinage tacite, les relations douces-amères avec les anciens, l’évitement de la conscription, la haine générale contre un pays pour sa politique, son administration ou son éducation. Quelle partie de tout cela est-elle définitivement perdue aujourd’hui ?


Quantième Art

EowynCwper
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le 2 déc. 2019

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Eowyn Cwper

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