Candyman régale par bien des égards. Il arrive après une décennie qui a vu naître le slasher pour l’essorer dans la foulée avant son revival meta initié par Scream, et alors que le nom de Clive Barker commence à se faire connaître suite aux sorties successives de Hellraiser et Nightbreed.
S’il reprend la composante fantastique d’un Freddy, plutôt que d’aller bouleverser la vie d’adolescents dans une banlieue pavillonnaire cossue (la base du genre), le film de Bernard Rose s’installe dans les cités de Chicago. Une idée qui vient irriguer tout le récit, de son message à son esthétique. Une hybridation du street art revendicateur des laissés pour compte avec la transmission picturale des mythes d’antan (le “Hic sunt dracones / Ici sont les dragons” des cartes médiévales), alors que Helen, étudiante en anthropologie préparant sa thèse sur les légendes urbaines, se retrouve littéralement dans la gueule du loup.
Dès ses premiers plans, Candyman annonce sa singularité. Alors que l’on traverse la mégalopole en vue zénithale, scrutant la ruche dans son incessant bourdonnement, la partition de Philip Glass nous envoûte. Et alors que l’enquête de notre protagoniste dans les tours de Cabrini Green avance, le doute s’instille en elle comme en nous. Le film prend alors une tournure baroque, renvoyant à l’exagération onirique des giallos et nous faisant marcher sur la fine frontière entre la folie et le réel pour le reste du film.
Les deux s’entrelacent, brouillant crescendo les frontières du savoir. Le boogeyman, porté par l’imposant et regretté Tony Todd, ne saurait tomber dans l’oubli. Il faut qu’il persiste dans la mémoire, qu’il continue à être le murmure qui empêche les habitants de la cité de dormir, le souffle qui fait perler la sueur froide et redresser le poil. Car son histoire fait devoir de mémoire et ne peut disparaître. Elle est celle d’une violence raciale qui se perpétue par le parcage des plus défavorisés, qui le sont par dessein systémique, dans des lieux de vie qui ne sont qu’impasses. Il maintient ainsi sa congrégation, à la fois misérable et solidaire, pour qu’elle, comme lui, puisse survivre malgré le sordide du quotidien.
Candyman allie réussite formelle et commentaire social aux multiples couches dans un conte macabre que je prend toujours autant de plaisir à revoir alors que les années passent. Tout comme son tueur au crochet, il persiste en tête comme une ritournelle que l’on ne peut éluder.