Carol
6.9
Carol

Film de Todd Haynes (2015)

Cate et Rooney seules au monde

Le film a pas mal fait parler de lui en raison de ses actrices principales (c'est pas si souvent qu'on peut écrire ça pour un film hollywoodien !), nominées aux Oscars et déjà détentrices de plusieurs distinctions. Et il faut bien dire que Cate Blanchett et Rooney Mara (prix d'interprétation féminine à Cannes) sont impressionnantes.


Carol, c'est l'histoire de Thérèse (Rooney Mara, à tomber) et Carol (Cate Blanchett, donc) qui tombent amoureuses, dans les années 50. C'est donc à la fois une histoire sociale (les Etats-Unis de l'époque n'étant pas tout à fait ouvertes à l'amour homosexuel) et une histoire sentimentale. Et c'est réussi sur les deux plans.


La réalisation parvient à se faire douce, jamais pesante, jamais grossière. Le cadre est posé, le contexte rappelé durement mais simplement : Carol est en instance de divorce, et son mari pourrait bien obtenir la garde de sa fille car il l'accuse de conduite morale inappropriée (et la société prend cela très au sérieux). Il faut se cacher, mentir. La réalisation s'adapte et multiplie les seconds plans, filme les personnages à travers une vitre, dans la pièce du fond, dans l'espace créé par l'encadrure d'une porte, ou les murs de la maison. Une distance se créé, comme si l'on filmait parfois en catimini. Comme si l'on laissait à ces femmes leur intimité, aussi.


Rares sont les films à parvenir à filmer l'amour, le sentiment d'aimer et le bonheur qui en découle. Carol réussit à faire ressentir cet état délicat, à travers deux femmes empruntes de mélancolie, qui ne sont réellement heureuses que lorsqu'elles sont ensemble. Par le jeu des regards, des mouvements. Par les visages. L'écriture n'échappe pas à la classique relation de dominance (Cate Blanchett est la femme mature sûre d'elle, Rooney la jeune timide), mais la justesse des actrices et la touchante sincérité de la réalisation font fonctionner le tout.
Le film s'ouvre sur une conversation entre les deux femmes, dans un restaurant. Débarque un homme, ami de Thérèse. Carol s'en va, effleure l'épaule de Thérèse. Puis l'homme tapote à son tour l'épaule de la jeune femme. Ces simples gestes en disent déjà long, annoncent ce qui va suivre. Et lorsque, vers la fin du film, ils reviennent en mémoire, c'est chargés d'une émotion nouvelle, douce et profonde.


Carol sait prendre son temps et s'appuyer sur ses deux actrices flamboyantes pour proposer une histoire juste et touchante, remarquablement réalisée. Une très belle réussite.

Mwarf
8
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le 22 janv. 2016

Critique lue 354 fois

Mwarf

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