Alors d'abord, le roman Carrie de Stephen (prononcé Steven) King est son premier. Il est à la fois étonnant dans le fond, et dans la forme. Je crois que c'est pour ça que je l'aime tant.
L'adaptation suit la logique contraire.
Brian de Palma a su parfaitement nous conduire à travers ce que le roman fait de bien : parler de l'adolescence. Mais il a changé le point de vue : il ne raconte pas l'histoire du point de vue de ses bourreaux pour qu'on comprenne que nous sommes tous des bourreaux potentiels. Il montre qu'il existe des bourreaux, et que ceux-ci transforment les innocents en bourreaux. Le constat est beaucoup moins riche et pertinent.
UN AUTRE POINT :ma scène préférée est celle du bal, enfin je le croyais. Ce n'est qu'une pâle copie du plan séquence d'entrée de la Soif du Mal d'Orson Welles. Et je déteste quand les réalisateurs piquent les plans des autres sans les citer en clin d'oeil.
UN AUTRE POINT : L'autre problème fondamental est la forme, le rythme. Si le livre suit une logique d’accélération de l'information, mais du ralentissement du suspense dans ses chapitres,et dans sa prose, De Palma fait l'inverse. Il ralentit le nombre d'informations pour se centrer sur un point narratif essentiel : le seau qui va tout déclencher. Le problème étant que le seau, dans le livre, on s'en fou. C'est juste un détail symbolique incarnant la cruauté gratuite et maladive des hommes. C'est important, mais ça reste un détail. Je comprends pourquoi De Palma en a fait un point central. De manière cinématographique, c'est un symbole puissant. Mais c'est comme si dans Rebecca on avait insisté sur les initiales de Rebecca, et pas sur les personnages eux-mêmes. C'est comme si on racontait l'histoire de Jeanne d'Arc et qu'on passait trois plombes sur la façon d'allumer le bûcher, par ce que les flammes représentent la pénitence, la sainteté. Du coup on se retrouve au beau milieu de l'action à suivre un seau... alors qu'on a envie d'en savoir plus sur la cruauté des adolescents, et pas sur leur bêtise amusante lors d'un bal. C'est ce que propose en tout cas King que ne fait pas De Palma.
On perd du coup une partie sociologique importante dans l'oeuvre de De Palma, alors qu'on l'avait bien chez King. Ceci dit, ce film m'a beaucoup marqué plus jeune... et c'est une des oeuvres qui m'a poussé à lire du Stephen King adolescent...