La réalisatrice a choisi de nous relater l’indicible d’une famille dysfonctionnelle, la sienne. Trente ans après les violences subies, elle se souvient et préfère utiliser une marionnette, en partie démantibulée, tout comme elle, afin de nous insuffler ses blessures indélébiles. Le père ici domine toute sa petite famille. À chaque repas, les protagonistes ne commencent à manger qu’une fois que le chef de la maison entame un morceau de pain. C’est un rituel auquel personne ne déroge. La mère interprétée par Zabou Breitman est à la fois dominée et dominante. Son couple bat de l’aile depuis pratiquement le début et elle reporte sur son fils son besoin d’Amour ou d’affection en le surprotégeant puisque son mari est incapable de tout geste affectueux envers elle et leurs enfants. Le père ne fait que rabaisser et dénigrer son fils devant Cassandre et sa mère. Ancien militaire, le père régente toute sa famille. La réalisatrice usite abondamment de scènes choquantes et incongrues pour nous interpeller sur l’inceste, le dysfonctionnement de toute une famille. Je pense à la scène de l’épilation à la cire et à celle du fils allongé câlinant d’un peu trop près sa mère tel un enfant de 5 ans, entre autres. Les pistes semblent brouillées volontairement. L’on se demande si ce n’est pas toute la famille de père en fils et fille qui est incestueuse. Hélène Merlin insiste à sa manière sur la complicité de la mère pour laquelle «l’affaire» avouée par Cassandre n’est qu’un simple touche-pipi… Inouï. Ce qui laisse supposer que le frère « joue » avec sa sœur depuis leur plus tendre enfance. Mais motus et bouche cousue. Le déni est préférable à l’étalage au grand jour et à la condamnation de cette famille bourgeoise, issue et influencée par le dévergondage post Mai 68. Zabou/la mère parle des rapports incestueux dans sa propre famille, à table, sans réelle gêne même devant l’amie invitée par Cassandre. Elle se balade nue devant ses enfants aussi bien aux abords de la piscine, que dans la salle de bains. Cassandre se prend de passion pour l’équitation et va découvrir l’amitié avec Laëtitia et des rapports sains entre adultes avec son professeur d’équitation Fred, auquel elle ne manque pas de dire « J’aurais bien aimé que vous soyiez mon père ». Le déclenchement de sa « révolte » commence au moment où elle découvre un autre Monde, dans lequel on respecte l’animal, le cheval et les participants. Parce qu’au sein de sa famille il n’y a pas de respect: aucun sur l’intimité, les protagonistes, la mère est rabaissée par le père devant les adolescents, aucune porte n’est jamais fermée, les chambres sont en enfilade et chacun peut pénétrer à tout moment et violer l’intimité de l’autre. Si le film semble «maladroit», il est vecteur d’interrogations sur un tabou encore trop ancré dans notre société et complexe pour qui n’a pas vécu dans un milieu malsain. À voir.