Pour ma part, c’est le premier film d’Aylin Tezel que je regarde. Il était disponible sur Arte TV, et on me l’avait conseillé, donc je m’y suis plongé sans connaître la filmographie de la réalisatrice.


Le début est particulièrement prenant. Même si la photographie reste assez classique, elle fonctionne. J’ai aimé la rencontre entre les deux personnages principaux — une rencontre presque rohmérienne, car bavarde et percutante dans les dialogues. Puis vient l’incursion de Kira dans la vie d’Ian, une vie dont on ne saisit pas tous les enjeux. C’est beau, car peu de choses sont dites. C’est d’ailleurs là tout le problème : c’est justement cette absence de dialogue qui provoque leur séparation. Ce qui frappe d’abord, c’est le contraste entre les échanges prolixes du début de leur relation et les non-dits qui persistent jusqu’à leur rupture. On a là une belle illustration de la question que Simone Weil posait à Joë Bousquet : « Quel est donc ton tourment ? » C’est cette absence de questionnement, cette impression de se connaître tout en restant en surface, qui pose ici problème. Croire qu’on s’aime alors qu’on ne se connaît pas.


Puis le film prend une tournure assez quelconque. On suit la vie des deux protagonistes, comprenant qu’ils ont refait leur vie, sans amour. Certains passages sont bien vus, même si beaucoup de scènes sont éculées. C’est un peu le « ventre mou » du film. Un ventre mou qui peut se comprendre, puisqu’ils sont privés l’un de l’autre. Pour autant, je ne suis pas sûr que cela justifie toutes les faiblesses scénaristiques de cette cavale sentimentale.


Je dois reconnaître que la fin du film m’a raccroché. Bien qu’elle soit prévisible, on a la sensation que la boucle est bouclée. J’aurais peut-être aimé une fin plus audacieuse, mais on y retrouve la saveur du début et des dialogues que j’ai trouvés très justes. Je dois également reconnaître que les deux acteurs — dont Aylin Tezel, qui est aussi la réalisatrice — sont excellents.


En somme, j’ai apprécié le jeu d’acteur, certains dialogues bien amenés et plutôt bien écrits. Je dirais que la principale faiblesse du film réside dans le manque d’originalité de la mise en scène. Cela se ressent dès le début. C’est d’ailleurs un écueil dans lequel tombent certains films (comme L’Ombre d’un mensonge) : il ne suffit pas de filmer de beaux paysages pour obtenir une belle photographie. Cela reste un film intéressant, qui me rend curieux de découvrir le reste de la filmographie d’Aylin Tezel.

Guano
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le 28 juin 2025

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