Claire est une femme entre deux âges, jeune divorcée, mère de deux enfants, professeur à l’université. Elle entretient une liaison amoureuse avec Ludovic qui officie dans la construction immobilière. Une liaison asymétrique qui ne satisfait pas entièrement Claire, elle aimerait davantage de présence, d’engagement de celui qui se conduit plus en amant qu’en amoureux. Pendant une conversation Ludovic montre à Claire quelques photographies de chantiers en cours que son jeune colocataire Alex a faites pour lui.
Claire s’interroge sur les raisons qui font que Ludovic plutôt évasif quand elle aborde la question, ne veuille s’engager davantage. Toute à cette interrogation elle entre en relation avec Alex sur un réseau social pour se rapprocher de Ludovic mais surtout en espérant en apprendre davantage sur lui. Alex est un homme jeune, séduisant qui ne laisse pas Claire insensible .
Claire s’invente une identité. Elle devient Clara, elle a 25 ans et travaille dans la mode non pas comme mannequin mais plus vaguement dans l’évènementiel de la mode. Elle se donne un patronyme qu’elle trouve sur la couverture d’un livre qu’elle est entrain de lire. Claire se cache derrière cette nouvelle identité qu’elle doit accréditer peu à peu en usant du vocabulaire, du parler de la génération branchée. Ainsi son patron n’est ni radin, ni pingre, il est juste un crevard. Pour parfaire son identité nouvelle elle utilise la photographie d’une femme plus jeune au physique très avantageux, dans une pose plutôt langoureuse. Clara devient la jeune femme fantasmée par Alex.
En se piquant à ce jeu de rôle, Claire en oublie son intention première et toute son attention, toute sa disponibilité affective sont désormais mobilisées par un sentiment d’autant plus envahissant qu’il répond à une attente profonde, qu’il est virtuel et prend de ce fait un caractère ludique. Elle développe également peu à peu un sentiment de toute puissance mais il porte en filigrane une véritable dépendance.
Le film commence par une séance de travail thérapeutique dans l’établissement qui accueille Claire. Ce face à face entre Juliette Binoche et Nicole Garcia, entre Claire et le docteur Catherine Boormans est un fil conducteur du récit. L’amour contrarié puis virtuel est construit sur des aller retour permanents entre la réalité et les mensonges, faits de virtuel mais également de sentiments et de désirs réellement vécus et partagés par Clara et Alex.
Clara et Claire, Claire et Clara. Alex est tombé amoureux de l’une puis le sera de l’autre. Claire est et restera la prisonnière de Clara. Elle cherchera sans cesse et trouvera une issue à cet enferment qui ne la satisfera pas totalement. Sous le regard bienveillant du docteur Boormans qui la conduit pas à pas à sortir de l’indicible. Claire a simplement envie d’être bercée même si c’est d’illusions.
Le rythme du film est d’une lenteur soutenue, sans précipitations comme s’il voulait à chaque pas laisser toutes les portes entrouvertes et inviter le spectacteur à les entrebâiller davantage. Juliette Binoche, Nicole Garcia et François Civil dans le rôle d’Alex sont convaincants et mis en lumière avec beaucoup de soin et de bienveillance.
A l’issue du film j’ai voulu le résumer en quelques phrases pour un ami. J’ai vu à son regard et en écoutant mon propre propos que le synopsis que je lui proposais ne restituait pas le labyrinthe de sentiments que j’avais suivi pas à pas pendant 1h 40. La linéarité de ma présentation ne rendait compte ni de la complexité de la tranche de vie que je venais de voir, ni du désarroi des protagonistes pourtant largement constitutif de l’histoire relatée. Ma seule consolation aura été de réaliser à la lecture de plusieurs synopsis proposés qu’aucun d’entre eux n’avait surmonté l’obstacle de manière satisfaisante.
J’ai aimé ce film et il m’a donné envie de lire le roman éponyme dont il est l’adaptation. Très vite, pour vérifier encore si la lecture du roman écrit me laisse plus de liberté de scénariser qu’en en regardant une version cinématographique.
Un film sur les apparences et sur la solitude selon l'approche d'un commentateur. Il est tout cela certes mais bien plus encore. De tout temps, les jeux de la séduction ont conduit les uns et les autres, les unes et la plupart d'entre elles à se mettre en scène en se travestissant parfois avec bonheur pour accrocher la lumière et le regard. Avec bonheur dans tous les sens du terme c'est à dire en devenant lumineux mais également en construisant un bonheur partagé.
La nouveauté est que les réseaux sociaux ont amplifié cette course à l'absolue beauté intérieure et extérieure, en démultipliant simultanément l'offre et la demande en un renouvellement à l'infini, au point d'en rendre captif et de créer une nouvelle forme d'addiction. Désormais, à la fois en raison des accélérations et de la démultiplication des relations amoureuses virtuelles, l'usager des réseaux virtuels perd pied et peut ne plus être à même de démêler lui-même l'écheveau de ce qu'il crée en empruntant à toutes identités possibles. Il en découle une véritable mutilation affective.
Plus inquiétant encore. A force de chercher à plaire et à répondre à des attentes fantasmées, la frontière entre l'identité réelle et celle inventée de toutes pièces s'estompent. Les inévitables insatisfactions et frustrations de la vie affective réelle laissent leurs places à des angoisses aux frontières de la folie.
"Celle que vous croyez" peut également être vu sous l'angle de la relation entre le docteur Boormans qu'interprète Nicole Garcia et sa patiente Claire/ Clara/Katia que nous propose Juliette Binoche. Sous cet angle le désarroi de Claire est amplifiée et nous mesurons davantage encore la destructuration de la réalité pour Clara, réalité dont l'issue est incertaine.
C'est à Boormans/Garcia que revient de démêler l'écheveau pour que ce que vit Claire/Binoche ne redevienne que des péripéties d'une relation souvent complexe qu'entretiennent un homme et une femme qui vivent leur vraie vie.
La relation trouble que Claire entretient avec la vérité devient le prolongement
de la fiction dont Clara était l'héroïne et elle se trouve amplifiée par le mensonge de Ludovic.