Cement Garden
6.6
Cement Garden

Film de Andrew Birkin (1993)

Un film très particulier à tous les niveaux, qui m’a par moments fait penser à Nobody Knows pour ce portrait de fratrie isolée contrainte de se prendre en main. Le postulat de départ est d’une tristesse à chialer et pourtant, Andrew Birkin refuse constamment à ses personnages le confort de l’apitoiement. Il y a quelque chose d’assez fort dans cette résilience extrême qui pousse ces gamins à continuer d’avancer comme si l’horreur de leur situation relevait presque du quotidien.


Les quatre jeunes acteurs sont incroyables de justesse. Charlotte Gainsbourg possède déjà cette manière très particulière de s’abandonner entièrement à ses rôles, et le jeune acteur qui lui donne la réplique est tout aussi investi. Certaines scènes provoquent un vrai malaise tant on se surprend à penser : “jamais je ne pourrais jouer ça”.


Si je ne suis pas spécialement convaincu par la cristallisation de l’attirance contre nature qui se développe entre les deux aînés, j’aime énormément la manière dont Andrew Birkin utilise la maison et ses alentours immédiats comme unique terrain de jeu. Le film fonctionne comme un huis clos familial étouffant, dans un lieu chargé de drame qui, paradoxalement, ne ressemble jamais complètement à un enfer.


C’est justement pour ça que le personnage trouble fête du dernier acte, d’abord perçu comme un élément presque gratuit, finit au contraire par devenir essentiel. Son regard extérieur vient valider le trouble diffus qui s’impose au fur et à mesure que la bobine se déroule. Parce qu’au fond, malgré tout ce qui se joue, cette résilience permanente finirait presque par nous convaincre que tout va bien. Sa présence permet alors au film de reprendre une forme de distance avec ce qu’il montre.


Une séance rugueuse, mais finalement pas si éprouvante. Troublante surtout, parce qu’il est difficile d’en sortir avec un ressenti parfaitement clair. Entre malaise et empathie, dégoût et tendresse. Exactement le genre de séance singulière que j’aime voir surgir au détour d’un challenge.

oso
7
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le 23 mai 2026

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