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Je pense sincèrement que Cendrillon fait partie de ces films qui ne devraient plus être montrés aux enfants sans recul critique. Derrière ses airs de conte de fées, il transmet une vision rétrograde et toxique du rôle des femmes, et c’est exactement le genre d’histoires qui ont contribué à normaliser des clichés sexistes pendant des générations. Dès le début, le film place Cendrillon dans une situation de victime passive. Elle subit les abus de sa belle-mère et de ses demi-sœurs, enfermée dans la maison familiale et réduite au rôle de domestique. Et le pire, c’est qu’on nous montre cela comme « normal », comme si la seule réponse de Cendrillon devait être la patience, la bonté et le silence. Elle ne s’oppose jamais, elle ne conteste pas sa condition, elle accepte son sort en rêvant d’un ailleurs. Voilà le modèle qu’on propose aux petites filles : sois douce, obéis, endure, et peut-être qu’un jour, par miracle, on viendra te sauver. Et quel est ce « miracle » ? Un homme. Plus précisément, un prince qu’elle ne connaît pas, rencontré une seule fois lors d’un bal. Toute sa vie change parce qu’il a décidé de la choisir, uniquement parce qu’elle est belle et qu’elle lui a tapé dans l’œil. Ce n’est pas son intelligence, pas sa force, pas sa volonté qui la sauve, mais son apparence et l’attention masculine. Encore une fois, on réduit la valeur d’une femme à son physique et à sa capacité à plaire. Même la fameuse scène de la pantoufle est un condensé de sexisme absurde. Toute l’intrigue repose sur l’idée que Cendrillon n’existe plus qu’à travers un objet, une chaussure, et que le prince, incapable de se souvenir de son visage ou de sa personnalité, ne peut la retrouver que grâce à ça. Comme si une femme n’était qu’une taille de pied, un détail à consommer, interchangeable parmi d’autres. Et on nous vend cette scène comme le summum du romantisme ! Et que dire de la Fée marraine ? Certes, c’est un personnage féminin positif, mais là encore, le message est ambigu. Cendrillon n’agit pas par elle-même, elle n’élabore aucun plan, elle ne prend aucune décision pour s’en sortir. Non, elle attend une aide magique extérieure. C’est une femme littéralement réduite à une passivité totale : enfermée, maltraitée, dépendante d’autrui, incapable de se libérer par elle-même. Le film semble dire aux petites filles : « Ne t’inquiète pas, si tu es gentille et jolie, quelqu’un viendra te sauver, peut-être une bonne fée, peut-être un homme. Mais toi, surtout, ne bouge pas. » Tout le récit est construit pour enfermer les femmes dans des rôles stéréotypés. La belle-mère, forcément jalouse et cruelle, représente le cliché de la femme autoritaire vue comme un monstre. Les demi-sœurs sont ridiculisées, caricaturées et punies parce qu’elles n’ont pas la beauté ni la grâce de l’héroïne. Le prince, lui, n’a aucune profondeur, mais il n’a pas besoin d’en avoir : c’est un homme, et c’est suffisant pour être le sauveur. On a d’un côté la femme idéale : belle, soumise, docile, récompensée par le mariage. De l’autre, les femmes indépendantes ou laides : jalouses, mauvaises, condamnées à l’échec. Voilà le choix qu’on propose aux petites filles. Ce qui est encore plus problématique, c’est qu’on continue à vendre Cendrillon comme une histoire d’amour universelle, un conte qui fait rêver. Mais rêver à quoi ? À une vie où une femme n’a aucun pouvoir sur son destin, où son salut dépend uniquement de sa beauté et du regard masculin ? À une histoire où le seul objectif de vie est le mariage, présenté comme la finalité suprême ? C’est un modèle dangereux, car il façonne des générations entières avec des messages implicites profondément sexistes. Alors oui, Cendrillon est un classique de l’animation, une prouesse technique pour son époque. Mais ça ne justifie pas de continuer à l’ériger en modèle romantique. Si on veut montrer ce film aujourd’hui, il faut le déconstruire, le critiquer, expliquer aux enfants pourquoi ce n’est pas une image réaliste ni souhaitable des relations, et encore moins un exemple de ce que doit être la vie d’une femme. Il est temps d’arrêter de glorifier Cendrillon comme un conte merveilleux. C’est un récit avec un mauvais message qui perpétue l’idée que les femmes doivent se taire, sourire et attendre qu’un homme décide de leur avenir. Et ce n’est pas le monde dans lequel on veut que les petites filles grandissent.
Créée
le 17 sept. 2025
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