Rire ou se regarder : ‘Certains l’aiment chauve’ et la pression du paraître

Le film met en scène un trentenaire, Zacharie (Kev Adams), qui apprend qu’il deviendra chauve dans six mois. Sa copine, effrayée par cette perspective, le quitte. Pour tenter d’éviter le sort — ou du moins d’y survivre — il fait appel à son oncle Joseph (Michaël Youn), qui le guide dans une série de traitements, astuces et stratagèmes comiques. Le film suit son “combat” contre la calvitie naissante.


Présenté comme une comédie, le film mêle humour, burlesque, et moments censés être touchants, tout en s’attaquant à un thème rarement mis en lumière dans le cinéma populaire : la perte de cheveux.


Calvitie = crise existentielle et anxiété identitaire


  • Le film traite la calvitie non simplement comme un changement physique, mais comme un véritable traumatisme psychologique : perte d’attractivité, peur du rejet, sentiment de ne plus correspondre aux normes — ce que ressent le protagoniste quand sa compagne le quitte par peur de sa calvitie.
  • Le passage à la “boule à zéro” est présenté comme un tournant de vie, un défi à l’ego masculin, un questionnement sur l’identité et la confiance en soi.

Comédie + autodérision = dédramatiser la calvitie


  • Le film utilise l’humour — situations absurdes, vannes, surjeu, personnages colorés — pour aborder un thème que beaucoup jugent tabou ou honteux.
  • Le film offre un message “d’acceptation de soi”, et peut aider des personnes à ne pas se sentir seules face à la perte de cheveux.
  • Ce traitement, parce qu’il mêle rire et vulnérabilité, peut permettre de “désacraliser” la calvitie — de la rendre moins honteuse, moins dramatisée.

Une promesse sociale : ouvrir le débat, lever le tabou


En choisissant la calvitie — et non un sujet “léger” comme l’amour, l’amitié, etc. — le film revendique un rôle quasi social : aborder les malaises liés à l’apparence, les angoisses de l’identité, et l’insécurité associée à un corps qui change. C’est donc une comédie “à message”, qui vise plus loin qu’un simple divertissement : elle tente de rendre la calvitie visible, parlée, acceptée. En somme : la thèse du film, c’est que la calvitie — bien plus qu’un souci esthétique — peut être vécue comme une crise identitaire, mais qu’à travers l’humour, l’auto dérision et l’acceptation de soi, on peut la traverser, la dédramatiser, et ne pas en faire une fatalité honteuse.


Le film comme miroir d’une société obsédée par l’apparence


Le rejet initial de la compagne de Zacharie, à cause de la calvitie annoncée, cristallise une pression sociale — l’idée que la valeur d’une personne (surtout un homme dans une comédie romantique) passe par le maintien d’un certain “chevelu look” séduisant. Le film met en lumière cette superficialité.

Le film tente de dénoncer “les normes de beauté imposées par la société”. Le propos d’acceptation de soi et de tolérance vis-à-vis des défauts physiques est mis en avant.

L’idée qu’un homme puisse être jugé, rejeté, ou mis en danger dans sa relation amoureuse du fait d’un phénomène naturel — la calvitie — renvoie à une forme de “dictature de l’apparence”.


Le film s’en fait l’écho, même s’il le traite de façon comique.


Limites — un traitement souvent superficiel ou maladroit


  • Manque de subtilité : humour lourd, gags trop faciles, surjeu omniprésent.
  • Le traitement de l’angle socioculturel reste parfois superficiel : la “dictature de l’apparence” n’est pas toujours interrogée profondément, c’est surtout le ressort comique qui prime — ce qui limite l’impact critique en profondeur.
  • Réduire la calvitie à une suite de gags et de situations absurdes dilue le vrai malaise psychologique qu’elle peut engendrer — ou pire, la banalise.
  • Enfin, la mise en scène, le ton et le rythme ne favorisent pas non plus l’émergence d’un discours plus engagé ou réflexif.

Ainsi, l’intention — pointer du doigt la superficialité des normes, encourager l’acceptation — est là. Mais le film oscille entre comédie potache et satire sociale : le résultat reste inégal, parfois trop léger pour véritablement remettre en question la “dictature de l’apparence”.


Ton général du film : entre honnêteté, confort, mais aussi paresse — un bilan ambivalent


Points forts

  • Le film a le mérite de mettre sur le devant de la scène un tabou ordinaire — la calvitie — et de le traiter avec humour, sans tabous. Cela peut toucher des spectateurs ayant vécu des situations similaires, et ouvrir un débat nécessaire autour de l’acceptation de soi.
  • L’humour et le ton décalé permettent un accès aisé au sujet, sans lourdeur dramatique. Pour un public en quête de légèreté et de détente, le film peut suffire.
  • Le film ne dure pas très longtemps (1h22), ce qui aide à maintenir un rythme globalement efficace et évite les longueurs.

Points faibles — quand la comédie limite le propos


  • Le défaut majeur est le manque de profondeur : le film aborde un thème potentiellement lourd (anxiété liée au corps, pression sociale), mais choisit de rester superficiel, ce qui affaiblit le message. Beaucoup de gags tombent comme des vannes “automatiques”, sans portée réelle.
  • L’humour, souvent “potache”, “trop simple”, “prévisible”, peut rapidement fatiguer. Pour ceux qui attendent autre chose qu’un divertissement facile, le film peut apparaître comme paresseux.
  • Dans sa mise en scène, le film ne prend pas beaucoup de risques : pas d’écart visuel ou narratif marquant, pas de vraie tension dramatique — ce qui tend à rendre l’ensemble “banal” malgré le sujet.
  • Enfin, le recours à certains clichés (sur les complexes masculins, l’obsession de l’apparence, la chirurgie esthétique, le fantasme de “rattraper” le temps) peut dévaloriser le propos : le film corrige un malaise mais en perpétue un autre — celui du “rire sur la douleur”.

En conclusion — un film utile, mais imparfait


« Certains l’aiment chauve » est une bonne intention : en prenant un sujet tabou ou stigmatisé comme la calvitie, le film essaie de le transformer en matériau de comédie et de discussion. L’idée d’aider les gens à accepter leur corps, d’ouvrir le débat sur les normes d’apparence, et de normaliser un phénomène courant — c’est une démarche louable.


Critique en lien avec cette liste ouverte à la lecture et aux retours :

https://www.senscritique.com/liste/corps_apparence_et_acceptation_25_films_qui_bousculent_les_n/4216206

Dutch-Unkle
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le 7 déc. 2025

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