On pourrait croire à une énième comédie sociale, mais Ceux qui comptent impose d’emblée sa singularité : celle d’un film qui regarde la précarité non comme un fardeau, mais comme un terrain de jeu pour l’inventivité. Sandrine Kiberlain y incarne Rose, mère de famille démunie mais d’un optimisme si farouche qu’il en devient magnétique. Face à elle, Pierre Lottin campe un ermite au grand cœur, arraché à sa solitude par cette femme qui déborde de vie. Leur duo, d’une justesse rare, évite tous les pièges de la romance facile pour dessiner une rencontre où chacun, sans rien demander, vient combler un vide chez l’autre. C’est là l’un des grands charmes du film : savoir filmer l’apprivoisement entre deux âmes cabossées avec une élégance qui n’exclut ni l’humour ni l’émotion.


L’autre force tient à la façon dont Jean-Baptiste Leonetti, réalisateur issu de la publicité, parvient à équilibrer les tons. Il y a de la légèreté dans les stratagèmes imaginés par Rose pour joindre les deux bouts, mais jamais de déni : la menace d’une intervention de l’État plane, les enfants portent en silence le poids de l’absence du père. Pourtant, rien de plombé ni de misérabiliste. Jean-Baptiste Leonetti filme cette famille comme un petit royaume en sursis, installé dans un hôtel désaffecté aux couleurs surannées qui devient un personnage à part entière. La caméra s’attache aux gestes, aux regards, à cette manière qu’ont les comédiens, y compris les trois jeunes interprètes, excellents, de faire exister une résilience qui ne se donne jamais en spectacle.


Ce qui rend Ceux qui comptent si attachant, c’est sa foi discrète dans les liens que l’on invente face à l’adversité. Sandrine Kiberlain et Pierre Lottin, qui partagent l’affiche pour la première fois, y déploient une complicité qui fait du bien : lui, taiseux et rugueux, apprenant l’harmonica pour le rôle ; elle, rayonnante d’une énergie qui désarme. Entre eux, les dialogues fusent, justes sans être précieux, drôles sans forcer. Le film dit une chose simple mais rare : dans les vies cabossées, il y a des rencontres qui remettent tout en mouvement. Et c’est cette humanité-là, jamais surjouée, qui donne envie de s’asseoir dans la salle et de ne plus en sortir.

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le 29 mars 2026

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