Comme (le) dit la chanson
Il est comme ça, des petits miracles filmés, qui vous prennent par surprise, vous transportent, vous émeuvent et vous enchantent. Chanter est bien à propos, avec ce documentaire très original, mettant en scène le quotidien de six adolescents à Boulogne-sur-Mer, ville écorchée par la crise économique, pendant toute l’année qui précède le bac. Leurs illusions, leurs envies, leurs peurs, les conflits avec les parents… Tous ces moments légers ou durs sont balayés et montés avec une très grande sensibilité et subtilité. L’ossature que David André a donnée à son documentaire se compose d’un florilège de mots et de moments vrais et consistants, qui émanent de ces six jeunes si combattifs face à l’abandon généralisé (les parents notamment). Ils portent en bandoulière leur avenir qu’ils imaginent radieux et serein. Et comme les mots, dans leur trop lisse sobriété, ne suffisent pas, ils les chantent, d’une voix parfois mal assurée, mais tellement convaincante. Les textes sont excellents et leur mise en musique savoureuse (à la manière de Beaupain, Gainsbourg, Bashung ou encore Legrand…). Il se dégage de ce documentaire, dans son matérialisme le plus cru, un positivisme rassérénant, une force inouïe de laquelle irradie un bel espoir. André filme ses jeunes avec passion, sans pour autant édulcorer la réalité. Il met également en scène Boulogne-sur-Mer, ville de littoral qui a subi la désindustrialisation (les friches sont nombreuses), le départ des touristes anglais (depuis la suppression des lignes de Ferry Boat), mais qui garde toute sa dignité, et qui à l’image de ses jeunes, tente par tous les moyens de se donner un avenir. Par son approche candide, et son authenticité « Chante ton bac d’abord » Bernard André actualise la vision d’un Pialat qui en 1978 (période douloureuse de crise aussi) avec « Passe ton bac d’abord » dressait un même constat, plus sombre il est vrai.