L'auteur, un ricain fortuné qui débarque à Orly, subit une sorte de descente aux enfers permanente, vient pour une visite en clinique privée dans un château vers Montmorency, et reste se faire soigner pour ses addictions aux drogues dures, à l'alcool et aux champignons hallucinogènes, par un docteur (Jean-Louis Barrault), et une infirmière canon.
On suit ses rêves et ses cauchemars les plus bizarres, le plus souvent sans dialogue ni texte, des fois quelques vers qui n'ont rien à voir, quelques réflexions de philo, du sens de la vie, mais très court, car il se retrouve constament tout seul face à son addiction, alternant le reveil enfumé mais lucide, les délires, et les escapades lyriques, musicales ou dansantes.
Il rencontre pour de vrai des poêtes de la Beat génération Ginsberg et Burroughs, des musiciens comme Ravi Shankar et Willie Dixon, et des gurus ou prophètes hindous, filmés en Inde et au Sri Lanka.
Toutes ces parties ressemblent à de la performance poétique et musicale, sont tournées en 1966 avec les artistes légendaires en conditions réelles, et tout est très original, créatif et donc, de nombreux passages sont excellents.
Gros bémol, le scénario est ultra-macho pour les rôles féminins et les pseudo-romances: quelle filles seraient donc intéressées par un tel alcolo toxicomane à moitié barjo? Pourquoi les rôles artistiques des filles ne sont que de danser et de super bien s'habiller, jamais de faire ni poésie, ni musique? Bon on était en 66, et il y a eu du chemin de fait depuis, avec de moins en moins de ces rôles-mannequins aussi limités.
Quelques longueurs mais sinon ça passe bien, j'ai eu une soirée bizarre, et si peu banale.
Pour faire un tel film, à l'époque, il fallait être sacrément gonflé car il n'est certainement pas sorti dans les grandes salles, ni passé par les circuits commerciaux de distribution habituels.
Ensuite, plus personne n'avait voulu travailler avec lui, car trop risqué et ne croyant pas possible que la désintox aie vraiment réussi.
Conrad Rooks n'a mis aucune distance entre son sujet et lui-même, ayant tourné comme acteur principal, scénariste, metteur en scène, producteur et financier de son film low-cost, et faisant plus ou moins l'apologie de religions, de drogues, de vie d'artiste, interrompu et souvent dominé par un brouillard de rêves éveillés, de musique et de poésie, et constatant au final que les cures médicales réussissent à lui faire décrocher. Ce film est un précurseur des années 70.
Cet homme, pas du tout célèbre, qui a réussi sa carrière de toxico mais raté celle de cinéaste pourtant extrèmement avantgardiste et créatif, est décédé dans l'anonymat, guéri selon ses proches, mais un peu trop déjanté dans ses interviews, en 2011.
Sources diverses, dont un interview par Carl Abrahamsson:
http://carlabrahamsson.blogspot.nl/2012/06/conrad-rooks-chappaqua-and-beyond.html