Vu au Nippon Connection Festival de Francfort.
Charisma est tourné à un moment où Kiyoshi Kurosawa est insatiable. 6 films entre 1997 et 2001, dont Cure et Kaïro, avec lesquels Charisma partage de nombreux points communs, à commencer par l'excellent acteur Kôji Yakusho. Ce film est passé quelque peu sous les radars, sans doute car un peu trop simpliste malgré un scénario mystérieux. Après une prise d'otage qui se finit tragiquement, un policier en congés forcés se retrouve dans une forêt où plusieurs clans se battent au sujet d'un arbre, Charisma. Un arbre qui, tout chétif s'il en est et apparemment malade, nourrit les passions : certains veulent l'abattre, car il semble empoisonner le reste de la forêt pour survivre ; d'autres veulent le protéger, car c'est un être vivant qui a le droit de vivre (restaurer les règles du monde) ; d'autres encore veulent le vendre au plus offrant, le ramenant à une dimension d'objet. Evidemment, le parallèle avec la prise d'otage est flagrant (et donc simpliste) : y a-t-il un moyen de les faire coexister en tant qu'êtres vivants, l'arbre et la forêt ? Le policier, en proie à la folie en se posant constamment cette question existentielle, va trouver le moyen de rendre tout le monde cinglé autour de lui (faut dire qu'il y avait un terreau favorable). Jusqu'à un bain de sang quasi généralisé, et une fin aux allures de catharsis vengeresse. A noter quand même une ambiance incroyable, inspirée et même quasi copiée d'Andrei Tarkovski : des couleurs d'automne partout, de l'urbex, une atmosphère inquiétante (saupoudrée de petits jump scares, tel un cadavre de pendu vu sous champis hallucinogènes), et un donc un policier en Stalker des âmes, mais cette fois machiavélique.