Drôle de western que voilà. Ca évoque un peu les spaghetti de la même époque (tournage dans le bien connu désert d'Almeida, personnages sales et immoraux...), sauf que c'est un film anglais (Devrait-on parler de western rosbeef?)
En fait, ça évoque un peu cette autre tendance du Western sous acide, à la manière de Matalo, voire d'El Topo. Sauf qu'on est pas dans le psychédélisme façon Jodorowsky, mais dans un sorte de trip un peu stone. En fait, Charley le Borgne est un peu un stoner movie (même si personne n'est vraiment sous substance), et un anti-western. Le genre Western met en scène des mecs qui veulent quelque chose, met en scène cette idéologie de la « destinée manifeste » : Le pionnier vient chercher une vie meilleure dans le Land of Opportunity, ce monde sauvage est à conquérir, à dompter, à civiliser, ce genre de chose.
Là, le film ne raconte pas grand chose : un soldat noir déserteur (joué par Richard Roundtree !) rencontre dans sa fuite un indien boiteux et un peu lunaire (Roy Thinnes, le héros de la série TV Les Envahisseurs, méconnaissable!), et ils font un bout de chemin ensemble. Tous deux ne veulent rien, n'ont pas de grande quête, de grand dessein. Ils se font des crasses, se marrent de pas grand chose (d'où le côté stoner...) et se contentent de leur petit bout de tranquillité. C'est le monde, les autres, avec leurs recherches et leur cupidité qui leur tombe dessus. Et toujours pour le pire.
Bref, oui, un anti-western.