Charly, c’est le cinéma indigent par excellence, celui qui rebute le grand public et enthousiasme les élites… Une idée mise en image dans l’urgence, avec peu de moyens et des acteurs amateurs ou presque. Sur ce constat aride, on pourrait croire que ce film dérange plus qu’il ne séduise… Mais c’est tout le contraire ! L’éveil de Nicolas, sorte d’ado autiste de la vie confiné dans son bocal par une famille d’accueil moribonde, passe par la fugue… Tel le brochet, il remonte peu à peu à contre courant une existence morte née. Sa rencontre avec Charly sera déterminante. Il saute dans un autre bocal, plus vaseux encore, mais salutaire. Film étonnant sur le passage de la frontière qui sépare l’enfant de sa future vie d’adulte, « Charly » est une œuvre puissamment douloureuse et authentique. Isild Le Besco n’a rien à envier à un Doillon, voir même à un Pialat dans sa manière intimiste et réaliste de filmer. Son film en huis clos, à la bande son totalement dénuée d’artifices et dont les deux acteurs sont en état brut, nous rappelle parfois aussi le « Sans toit ni loi » de Varda. Mais bien plus que le référentiel « Charly » se place comme l’un des films les plus originaux de ces dernières années… A l’image du générique de début avec l’interprétation de « La mémoire et la mer », chanson de Léo Ferré fredonnée aux larmes par le jeune Kolia Litscher (frère de la réalisatrice).