Un pavé dans la mare, mais un pavé qui ricane. Chasse gardée 2 déboule avec l’énergie d’un sanglier en rut, et c’est un régal. L’intrigue ? Un jeune couple parisien, fraîchement débarqué, se lie d’amitié avec des néoruraux charmants… jusqu’à découvrir qu’ils pratiquent la chasse à courre. Catastrophe annoncée : chiens déboulent, camion de boucher se renverse, cerfs en liberté saccagent le marché. L’originalité tient dans ce choc des mondes traité sans manichéisme, juste avec une malice joueuse. La tonalité oscille entre comédie de mœurs et farce potache, mais c’est surtout le rythme qui impressionne : chaque scène enchaîne les gags visuels, les dialogues qui fusent, et une galerie de personnages (l’agente immobilière en chaleur, le fils chasseur reconverti pêcheur) croqués avec une tendresse irrévérencieuse.
Derrière les vannes et les poursuites, le film ose parler du rural sacrifié, des promesses de richesse qui ne ruissellent pas, de l’indécence des privilégiés, le tout en douce, sans leçon. Antonin Fourlon, scénariste facétieux, transforme la campagne en terrain de jeu absurde où les chasseurs, anciens méchants du premier volet, deviennent presque attachants dans leur bêtise crasse. Mention spéciale aux duos : le grivois Jean-François Cayrey et Benjamin Gauthier, ou l’hyperactive Diane Segard (déjà culte) face à un Julien Pestel désopilant. Et quand Carlos et Patrick Sébastien débarquent en fond sonore, on rit de cette France qui s’ignore, coincée entre tradition paillarde et névroses citadines.
Alors oui, la seconde partie s’essouffle un peu, trop pleine, trop gourmande. Mais on pardonne, parce que le cœur y est. Chasse gardée 2 réussit le pari fou : une comédie populaire qui ne méprise personne, où chaque camp en prend pour son grade avec une égale bienveillance. Ça pétille, ça dépote, et ça donne envie de ressortir du ciné avec le sourire du complice, celui qu’on a quand on a vu des gens normaux s’engueuler pour des bêtises sacrées. Un numéro 3 ? On signe, les doigts croisés pour pas finir dans le viseur.