Constitué en diptyque, le film de Soderbergh sur la légende communiste Ernesto «Che» Guevara s'articule en 2 temps, en 2 mouvements. Le 1er décrit la révolution cubaine en glorifiant le Che comme un agent principal de la révolution marxiste. Elle-même fondée de façon duale, la première partie alterne scènes de lutte dans la jungle cubaine et entretiens au siège de l'ONU. Les séquences de guerre, par leur couleur, se manifestent comme l'actualité du film, en sont le présent. Les entretiens, en noir et blanc, correspondent à une résurgence (alors que historiquement, les interventions du Che à l'ONU succèdent la révolution castriste).
En composant ainsi son récit, Soderbergh privilégie la progression des troupes du Che de la jungle jusqu'à Cuba et éclaire ces instants des propos que Guevara a tenu auprès de la communauté mondiale. Ainsi, il définit la figure du Che comme un grand combattant et un casuiste implacable. Réalisé comme un film d'action, Che - Première partie : L'Argentin ne s'embourbe pas dans la profusion des effets techniques mais n'exalte pas le récit et, part la plus décevant, ne témoigne d'aucun regard critique sur les actions du Che. A vrai dire, le point de vue de Soderbergh sur le révolutionnaire ne se comprend qu'après avoir vu les deux parties. Pour le seul premier film, Guevara reste une figure de justice et de conviction. L'interprétation d'«El Che» par Benicio Del Toro reproduit ses gestes de façon suffisante pour réussir l'illusion de l'analogie.. Sous le regard de Soderbergh, Guevara est un exemple de complétude. Or le cinéaste, face à ce personnage idéel n'exalte ni ne critique la démarche marxiste accomplie à Cuba. Oeuvre insuffisante, elle ne se rachète et ne se comprend que complétée par sa seconde partie. Che - Première partie devient alors la base d'un récit en deux temps dont il annonce la gloire avant que ne surgisse l'échec.