Réalisateur suédois de documentaires, Arne Sucksdorff est tombé dans l'oubli aujourd'hui, malgré sa présence au festival de Cannes dont il présenta sa dernière oeuvre qui est "Chez moi à Copacabana". S'il est considéré comme l'un des plus grands esthètes du documentaire (selon les informations données par Wikipedia, toutefois), on peut légitimement se questionner sur son anonymat dû à une carrière cinématographique peu prolifique. Au début, et je ne fus certainement pas le seul, je pensais que c'était un film brésilien avant de voir le nom du bonhomme derrière. Après renseignements, c'est son séjour au pays comme fonctionnaire de l'Unesco qui l'a amené à consacrer son film testamentaire à la situation des taudis brésiliens, et plus spécifiquement du sort des enfants.


Ne s'éloignant jamais des racines chères au cinéaste (le documentaire pour rappel), il analyse le quotidien de ces enfants souvent sans père et dont la mère tente tant bien que mal de gagner un peu d'argent. Evidemment pas d'école, pas d'études supérieures. Leur existence se résume à de petits larcins comme trafiquer les cerfs-volants d'autrui dans des combats aussi inoffensifs que manipulateurs, cirer les chaussures des citadins, voler, flâner dans les rues et se disputer. Amusement et fatalité existentielle sont consubstantiels et l'on en vient vite à plus prendre en pitié ces petits qu'à les envier de ne pas être inséré dans la vie active. Leur environnement voit logiquement l'influence des cartels et du rejet de la police. En 1h28, Arne Sucksdorff élabore un large tableau de ce petit monde, brossant des portraits d'enfants turbulents, gueulards et revanchards. Pleinement impliqués dans leur rôle, ils se tapent dessus, crient et parlent avec une affirmation de soi. Comme quoi fierté et pauvreté ne vont pas nécessairement de pairs. Certains pourront être agacés par ces voix braillardes. En ce qui me concerne, j'ai apprécié.


Mais où Sucksdorff va marquer durablement nos rétines, c'est bien dans sa manière de filmer les espaces où évoluent les protagonistes. Les travellings sur la plage sont de l'ordre de la perfection. C'est millimétré, c'est propre, aucun détail n'est laissé au hasard. Et que dire des arrière-plans en montagne nous donnant une vue plongeante sur les collines environnantes et la Copacabana plus petite que jamais. Le temps d'une journée, notre rencontre au plus près du tumulte du poumon des environs nous captive autant que nous nous interrogeons sur leur sort avec en toile de fond l'institution d'où vient de s'échapper le petit enfant blanc qu'il décrit comme l'enfer sur Terre. Dans une fin particulièrement forte, "Chez moi à Copacabana" clôture ses dénonciations avec justesse et pudeur, sans trop en faire. Si nous avions eu un petit fil conducteur, nul doute que l'on aurait été face à un chef-d'oeuvre au lieu d'un très bon film.

MisterLynch
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le 2 déc. 2021

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